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Le blog Aloys

Marie Gevers Une chronique de Marc Quaghebeur. Un texte de Jean François Foulon pour ACTU-TV

29 Septembre 2017 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #articles, #vidéo

http://www.bandbsa.be/chronique/gevers-chronique.htm

http://www.bandbsa.be/chronique/gevers-chronique.htm

 

 

Marie Gevers, est née près d'Anvers en 1883 et est décédée en 1975, à l’âge de 92 ans. Romancière belge d'expression française, elle appartient, comme beaucoup des grands classiques (Verhaeren, Maeterlinck, etc.) à la grande bourgeoisie aisée flamande (qui à l’époque s’exprimait en français).

Elle a eu assurément une enfance heureuse dans le manoir familial de Missembourg. En fait, elle passa sa vie entière dans cette propriété de 7 hectares que ses parents avaient achetée avant sa naissance. Milieux aisé donc, mais on dit que ses parents ne voulaient pas qu’elle se distingue des autres enfants du village et que c’est en sabots qu’elle se rendait au catéchisme. Mythe ou réalité, je ne sais pas. Ce qui est certain, par contre, c’est qu’elle n’a jamais fréquenté l’école (sa mère lui faisait des dictées en français d’après le Télémaque de Fénelon). Quant au calcul et au néerlandais, c’est l’instituteur de la commune voisine qui venait les lui enseigner à domicile.

On dit que lisant énormément, elle apprit la géographie dans Jules Verne (elle s’aidait d’un atlas pour suivre les aventures des héros) et se familiarisa à l’Antiquité grecque en se plongeant dans l’Odyssée. A quatorze ans, la petite Marie lisait couramment le français, le néerlandais et l’anglais. Il faut dire que sa famille était cultivée et comme le fait remarquer Marc Quaghebeur dans la vidéo, la bibliothèque était la pièce centrale d la maison, celle où on se réunissait le soir pour discuter, lire et écouter de la musique.

Elle épousera un certain Frans Willems en 1908 dont elle aura deux fils et une fille (un de ses fils est l’écrivain Paul Willems). C’est en français qu’elle écrira son œuvre, à une époque où pourtant les revendications flamandes se font pressantes. Elle explique que pour elle le français s’est imposé d’office puisque ses propres parents avaient été éduqués dans cette langue. Pourquoi l’avaient-ils été, me direz-vous ? D’une part parce que son grand-père paternel, qui avait un négoce à Anvers, avait vu ses affaires péricliter à la suite de la fermeture de l'Escaut par les Hollandais en 1839 (Hollandais qu’il se mit donc à détester) et d’autre part parce que son grand-père maternel s’était enrichi en achetant des biens nationalisés au moment de la Révolution française. Comme quoi l’Histoire (avec un grand H) a parfois des répercussions insoupçonnées puisqu’elle fit indirectement de Marie Gevers une auteure francophone.

Celle-ci a d’abord commencé à écrire de la poésie. Il faut dire que le grand Verhaeren était souvent de passage au manoir de Missembourg et qu’il l’a encouragée (en soulignant le meilleur et en ne critiquant pas les passages moins bons, comme il est dit dans la vidéo). Elle ne pouvait pas trouver meilleur maître. Dans des poèmes bucoliques, elle parle avec émotion de son goût pour la nature. Plus tard, elle se tournera vers la prose et publiera « La Comtesse des digues », un premier roman qui restera sans nul doute son œuvre la plus célèbre. Puis ce sera « Madame Orpha ou la sérénade de mai », « Guldentop, histoire d’un fantôme », et « La ligne de vie », trois livres où l’on retrouve son intérêt pour la campagne et le petit peuple.

A côté de cette œuvre en français, Marie Gevers donnera aussi des traductions d’écrivains néerlandophones.

Elle sera élue à l'Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique en 1938 où elle sera la première femme à siéger dans cette vénérable institution (bien avant que Marguerite Yourcenar n’entre à l’Académie française, en 1980, seulement).

Mais revenons à « La Comtesse des digues ». C’est d’abord un roman qui parle d’un fleuve, l’Escaut, dont les eaux irriguent les terres mais les minent également. Dans ce plat pays, il faut donc les préserver des crues en construisant des digues et ces digues, il faut les entretenir. Traditionnellement, cette tâche est confiée à un « dyckgraef », autrement dit à un « comte des digues ». Suzanne, l’héroïne, a pris l’habitude de seconder puis de remplacer son père malade dans cette fonction délicate. C’est qu’il faut sans relâche surveiller l’état des digues afin d’empêcher les débordements du fleuve ou l’incursion de la mer. Suzanne aime ce travail, qui lui donne l’occasion d’effectuer de longues promenades et d’admirer la nature. Une fois son père décédé, elle décide de se marier, mais hésite entre un jeune homme de bonne situation et Triphon, un simple vannier. Il y a aussi Max, qui lui aussi aime les longues promenades dans la nature. Suzanne hésite, elle qui se considère avant tout comme « la petite fiancée de l’Escaut ». En fait elle recherche l’amour, le vrai, et elle a peur qu’on ne l’aime pour ses biens. Pour rien au monde elle ne voudrait faire un mariage d’intérêt. Le lecteur suit donc ses hésitations au fil des saisons. Roman intemporel, « La Comtesse des digues » évoque la nature, les différences sociales, et la découverte de l’amour. On suit Suzanne le long des paysages qu’elle aime tout en respirant « l’atmosphère humide du fleuve et des polders ». 

On notera la symbolique des digues, qui doivent contenir l’eau mais qui la laissent passer quand elles cèdent. Il en ira de même pour Suzanne, qui découvrira l’amour quand ses digues intérieures s’ouvriront. Le désir alors l’emporte sur tout. Il faudra trouver l’homme de ses rêves et il faudra surtout que cet homme s’accorde avec le fleuve, qui est finalement le premier époux de la jeune femme. Ce roman raconte en fait la découverte de soi et la recherche d’un équilibre intérieur. Voici deux petits extraits, pour faire « sentir » le style de Marie Gevers : « Suzanne s’en allait naïvement vers ce qu’elle connaissait de plus beau ; le clair de lune sur le vieil-Escaut. Elle s’imaginait que cette splendeur la distrairait de la lourde souffrance qu’elle combattait. Elle ignorait combien une nuit lunaire, chaude et blanche, irrite l’amour chez les jeunes filles. Ce pays noyé n’était qu’un grand miroir. Si on le regardait vers le couchant, il rougeoyait tout entier aux dernières lueurs du soleil ; si l’on se tournait vers le levant, tout, sous la pleine lune montante, s’argentait. » (Marie Gevers, La Comtesse des digues, Actes Sud/Labor, 1983, p. 114)

« Du château lointain s'éleva le son d'un cor de chasse, ajoutant je ne sais quoi de poignant au paysage. Les notes qui lui arrivaient au-dessus des eaux touchèrent amèrement le coeur de Suzanne. Elle en connaissait les paroles, et le cor chantait: « Belle je t'aime d'amour extrême/ Daigne accepter ma vie et mon coeur! » L'air mourut, pour reprendre encore et encore, les mêmes modulations. Suzanne fut envahie par un sentiment de découragement profond, au-delà des larmes, et resta là, sur le bord argenté des étangs, sans pensée, sans volonté. Rien qu'un corps prêt à l'amour. Le rougeoiement solaire avait disparu." (Id, p.115)

Jean François Foulon

 

https://youtu.be/3QI26cueCBM

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Edmée De Xhavée 30/09/2017 08:18

De Marie Gevers je n'ai lu qu'une oeuvre, offerte il y a longtemps par un ami français. Je n'en connais plus le texte, mais il s'agissait des plantes associées aux anniversaires. La mienne est la gerbe d'or, la solidago.