Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Le blog Aloys

Concours "les petits papiers de Chloé" texte n°8

21 Octobre 2016 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #concours

Souvent femme varie…

C'est un vendredi d'hiver qu'a eu lieu l'enterrement de Nelly. Il n'y avait guère grand monde pour consoler François, son fils unique. Seule Simone, sa voisine de toujours, trois collègues et quelques vieilles grenouilles de bénitier avait bravé la pluie glaciale pour assister à l'office. Au cimetière, on avait rapidement descendu le cercueil de Nelly et on l'avait placé sur celui d'Auguste. Le couple était enfin réuni pour toujours…

Fin janvier, François a pris quelques jours de congé. C'est que la brave Nelly est morte inopinément et qu'il y a des choses à faire d'urgence, récupérer les choses comestibles, jeter les produits entamés. François débute la besogne avec courage.

Après la cuisine et la salle de bains, François s'attelle à ce qu'il croit être la partie la plus dure, le salon et son grand buffet. Deux heures, il ne lui faut pas plus de deux heures pour vider le meuble et décider de ce qu'il garde et ce qui sera donné à une bonne œuvre. Il remplit une grande caisse de carton avec quelques pièces d'argenterie qui faisaient la fierté de sa mère et de son père, un beau vase de cristal et des assiettes chinoises qu'on a toujours prétendu valoir une fortune et qu'on ne sortait qu'aux grandes occasions…

Françoise ouvre les tiroirs à la recherche de souvenirs mais aussi des papiers importants. Oh, elle n'était pas bien riche, Nelly, mais vous savez l'administration a de ces lubies ! Il entend encore son père lui dire : "Les choses importantes sont dans l'armoire du bureau. Lorsque nous seront morts, ta mère et moi, tu n'auras pas à chercher bien loin !" Ah, cette fameuse armoire à laquelle il n'avait jamais eu accès… Il trouve tout méthodiquement rangé. Merci Papa et merci Maman !

Le lendemain, il ne reste à trier que la chambre à coucher. C'est dans la table de nuit qu'il découvre une bague inconnue ornée d'un joli diamant. Qui a bien pu offrir cette bague ? Quand et à quelle occasion ? À l'intérieur, une année gravée, juste un an après le décès d'Auguste, son père. À cette époque, François était au pensionnat et sa mère avait probablement fait la connaissance d'un homme riche… Ami, amant ? Qu'importe. À moins de cinquante ans, Nelly avait bien le droit d'encore un peu profiter de sa vie.

François a vite fait d'oublier la bague car le poste de directeur commercial va être vacant dans son entreprise et il espère bien être nommé. Hélas, c'est Pierre, son collègue, celui qui travaillait juste en face de lui qui est désigné. Pierre, un orgueilleux, Pierre un arriviste, qui a bien manœuvré.

François est désespéré et l'arrivée de Valérie en face lui rend peu à peu le moral. Valérie est enthousiaste, extravertie et a le même âge que François. Au fur et à mesure des semaines, Valérie s'intéresse à François et, fait extraordinaire, François s'intéresse à Valérie !

Les pauses-café se multiplient et François parle de la maison familiale, de son désir d'y habiter. Un soir, il propose à Valérie de venir la visiter. Il s'entend lui dire : "Si cela te plaît je te raconterai un conte du pays qui se passe dans un cimetière." Valérie rit de bon cœur à l'idée. Valérie est emballée par la maison. Elle la trouve jolie, bien située, pas vieillotte pour un sou contrairement à la description de François. Il y a un beau grand jardin. Certes, la cuisine est sombre mais Valérie a tôt fait de décréter qu'en agrandissant la fenêtre existante ce serait vraiment top ! En deux temps, trois mouvements, Valérie a tout décidé, elle a tout prévu…

La seule chose qu'elle n'a pas prévu c'est que dix minutes plus tard, ils seraient assis dans le vieux canapé, un verre à la main et qu'après un tendre baiser, François se lèvera et lui demandera de fermer les yeux.

"Une surprise pour toi, dit-il en lui passant la jolie bague au doigt… À présent, tu peux regarder…

- Elle est superbe, mais…

- Il n'y a pas de mais ! Considère ceci comme une demande en mariage !"

Valérie, pour la première fois, reste muette. Mais quelques jours plus tard, elle fait expertiser le bijou. Heureuse surprise. Il vaut très cher, très cher...

La vie bien rangée du couple se déroule sans anicroche. Personne ne soupçonne rien parmi leurs collègues. En quelques semaines, la maison a repris vie. Nouveau mobilier, travaux divers, coups de peintures un peu partout. Valérie a orchestré jusqu'aux moindres détails et François s'est découvert des talents de menuisier, de plombier et de décorateur. Le jardin d'Auguste a retrouvé un peu de sa splendeur d'antan et les nouvelles plantations laissent présager un lieu calme, arboré et fleuri.

Au bureau, c'est Valérie qui prendra en charge l'organisation du traditionnel week-end de détente de la société. Il y a deux ans, tout le monde avait loué son idée d'aller au Mont-Saint-Michel. Cette année, ce seront les châteaux de la Loire qui accueilleront le groupe.

Voyage en car, logement à Blois, nombreuses visites, repas typiques, quelques bonnes bouteilles et son et lumière à Chenonceau, le dimanche soir. Retour prévu le lundi midi, un cadeau du patron, une demi-journée de congé pour le personnel ! Valérie est diablement efficace !

Samedi midi, après un voyage agréable, le groupe arrive. La magnificence de Chambord, le calme d'Azay-le-Rideau, l'architecture d'Amboise, l'histoire avec un grand 'H' dans chaque couloir de Blois. Le groupe suit les guides avec enthousiasme et bonne humeur.

"Demain, à Chenonceau, nous regarderons les étoiles avant la représentation" a déclaré Valérie. Il est 20h30 et le groupe est bien installé sur des chaises alignées dans le jardin. Il fait un peu frisquet et les visiteurs ont pris soin de s'habiller chaudement. Dans le noir, François et Valérie se tiennent par la main.

À la fin, la musique se fait de plus en plus légère, l'éclairage se rallume autour d'eux et on constate l'absence de Pierre. On le cherche, en vain. On informe le responsable de l'accueil, on lance un appel, rien.

Après plus d'une heure, le chauffeur du car propose de rentrer. Pierre se serait-il senti mal et aurait-il rejoint l'hôtel ? Il n'y est pas. On décide donc de prévenir la police. Comme il est près de minuit, les recherches commenceront le lendemain à l'aube.

Le lundi matin, Valérie et François propose de rester sur place en attendant les résultats des recherches.

Vers midi, on leur annonce que l'on a retrouvé le corps de Pierre dans le Cher, juste sous le pont du château. Il a probablement glissé et, engoncé dans son gros manteau, n'aura pas pu rejoindre la rive. Pierre, qui savait à peine nager, s'est noyé dans moins d'un mètre d'eau. Ses appels ont été couverts par la musique du son et lumière. C'est un accident stupide. Les journaux en parleront à peine à la rubrique des faits divers.

Valérie et François ont prévenu le bureau et sont rentrés en train.

François assure l'intérim de Pierre dont le personnel ne semble guère regretter le décès. François se sent parfaitement bien dans ses nouvelles fonctions. Quelques semaines plus tard, il est convoqué chez le directeur général qui lui annonce la bonne nouvelle : le provisoire devient définitif !

Valérie organise évidemment une petite fête pour l'entrée en service de François. C'est à cette occasion qu'ils annoncent leurs fiançailles. On applaudit et on boit à leur santé.

De retour chez eux, à peine dégrisé, François entend Valérie lui avouer que Pierre n'est pas tombé seul. Qu'elle l'a poussé tant elle sentait François malheureux et stressé.

"C'est notre bonheur que je voulais ! Tu comprends ? Je l'ai fait pour toi ! Je l'ai fait pour nous !"

Ainsi Valérie, la douce et gentille Valérie, a tué par amour…

Les mois passent et François garde difficilement le secret. Valérie est souriante, active et prépare les noces. Elle s'occupe de tout, liste des invités, menu du repas, costume de François, robe blanche pour elle. Elle rayonne de bonheur. Il devient de plus en plus ombrageux. Dès qu'ils se retrouvent seuls, il lui reproche son geste.

"Tu te rends compte que j'ai ça sur la conscience. C'est vrai que Pierre était un tyran, c'est vrai que sans ton geste fou, nous serions toujours ses esclaves… Mais il y a des jours où je me demande si…"

Valérie feint d'ignorer les paroles de François. Comme toujours, elle s'affaire, elle n'arrête pas.

"Et si on allait raconter que tu l'as vu glisser et que tu as eu peur ? Et si, et si…"

Valérie se tait…

La veille du mariage, Valérie et François ont décidé de se faire un simple repas en amoureux avant de se coucher pas trop tard.

"Tiens, mon chéri, j'ai préparé deux pastis légers. Il faudra tenir le coup demain."

Ils trinquent à leur futur bonheur. François est calme tandis que Valérie s'affaire dans la cuisine.

Le lendemain, il est 10 heures et le docteur Gardier prend sa garde aux urgences.

"Quoi de neuf, Isabelle ?"

"Deux personnes arrivées ce matin, empoisonnement à l'arsenic. Tu te rends compte, ils devaient se marier aujourd'hui, paraît-il !"

"Et alors ?"

"Un sur deux ! L'autre va s'en tirer…"

Sur son lit, comme dans un rêve et dans le ronronnement des appareils, un sourire apparaît sur ses lèvres. Il lui revient en mémoire la phrase de François 1er auquel le guide a fait allusion à Chambord : 'Souvent femme varie et bien fol est qui s'y fie'.

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

christine 24/10/2016 15:48

Texte 1 : 2
Texte 5 : 2
Texte 6 : 1

Merci Geneviève pour ce vote et pour votre visite sur aloys !

Geneviève 24/10/2016 14:16

Oh comme c'est triste, que vais-je faire en arrivant au bureau le matin???
Je vote pour le texte numéro 1.
Merci pour ces petits moments bien sympathiques.

christine 24/10/2016 10:05

Texte 1 : 1
Texte 5 : 2
Texte 6 : 1

Qui se lance ?

Edmée De Xhavée 24/10/2016 09:40

Beaucoup de bons textes je dois dire... On a été gâtés, vraiment. Je dirais le texte...

christine 24/10/2016 10:06

Oui, Edmée... Le texte... ????

Pâques 23/10/2016 19:25

Un choix pas évident ...
Le texte 6

Séverine Baaziz 23/10/2016 11:38

Pour moi, ce sera, au final, le texte 5.
Pour sa truculence, tant de l'histoire que du style. De jolies doses de légèreté et de gravité et une fin qui tombe comme un joyeux couperet.
Bravo à tous :D

Philippe D 23/10/2016 07:57

Ah! c'est le moment, c'est l'instant ! Je ne savais pas !
Des textes m'ont touché, d'autres moins. J'ai noté mes appréciations. J'ai préféré le premier, même si je n'ai pas compris tous les mots...
Texte n°1, donc Christine.

Christine 22/10/2016 19:06

Premier vote pour le texte 5 !

marie noelle fargier 22/10/2016 17:31

C'est vrai, c'est très difficile de choisir. J'ai aimé tous les textes. En général avec ces textes, on peut dire que le pactole, ce n'est pas le rêve. De quoi dégoûter tous les joueurs :) Entre la femme poilue, la femme meurtrière, la fille qui vole sa mère et cette pauvre "Germaine"... Je choisis tout de même "Germaine", ce personnage me plait et la chute est vraiment bien. Donc le texte 5.

Pâques 22/10/2016 15:15

Dangereuse cette Valérie ...
Cela va être difficile de choisir !

Christine 22/10/2016 13:45

Il est tant de voter !!!! Je ne voudrez pas à être à votre place. Résultats sur le post du 1er novembre. Vous avez donc jusqu'au 31 octobre pour voter... Merci à tous les participants !

Séverine Baaziz 22/10/2016 17:57

Aïe, dur dur... Je vais prendre le temps de relire mes petits préférés... Un peloton de tête suivi de tout près par tous les autres textes. Va bien falloir choisir ;D

Philippe D 22/10/2016 13:02

Nous le savons : il ne faut jamais se fier aux femmes. Voici un texte qui le prouve une fois de plus !
PS J'aimerais savoir comment François est devenu une femme en l'espace de 3 paragraphes...(rires)

Séverine Baaziz 22/10/2016 10:11

Une belle écriture ! Du teasing et de la psychologie humaine. L'histoire s'étire méthodiquement dans le temps...
Encore un texte de qualité !
Que le vote va être difficile. Et là, encore, je pense deviner qui est l'auteur.
Je suis impatiente de connaître tous les noms !!! Et qui sera le vainqueur ;-)