Dominique Veyrier nous propose un extrait de son ouvrage, "Sous vos lacs endormis murmurent nos rivières"

Publié le par christine brunet /aloys

Dominique Veyrier nous propose un extrait de son ouvrage, "Sous vos lacs endormis murmurent nos rivières"

Dans les gris lendemains. Se réfugie aux Arts à l’abri de l’averse, désert et silencieux comme une eau que l’on verse. Dedans morose, assis du côté des noirs, Max attend pour sortir ou rentrer que la pluie s’interroge, tandis que Maurice s’active du côté des bancs qu’il encaustique. Dehors, la rue et le ciel crépusculent. Sébastien n’a rien pris, ni café ni Picon bière, un œil distrait vers des informations dont on a coupé le son.

— Vous avez vu ?... Les paysans quand ça s’énerve ! Déjà un mort à Toulouse et un pendu dans sa grange en Bourgogne, tout ça pour quatre connards d’actionnaires qui ont décidé d’augmenter leurs profits. Ceux qui font affaire avec vous, ils doivent s’estimer heureux... Sébastien ne dit rien, pas encore. Max en a fini d’attendre, et sort.

— Rien ne sert d’avoir peur de demain, de toute manière, après le beau temps la pluie revient.

— Max ?

— Non, c’est mon père qui disait ça. Max il se tait, ça fait déjà quelque temps que quelque chose le tracasse. Depuis que le pharmacien a dit qu’il avait aperçu la petite.

— La petite ?

— Sa fille. Vous le saviez, vous, qu’il avait une fille ?

— ...

— Quand j’ai repris le café il était déjà là à sa table. Mais avant, à ce que raconte le pharmacien, il vivait à Bagnolet où il était professeur, avec sa femme et une petite fille... Et puis, sa femme elle est partie.

— Séparés ?

— Maladie. Partie en deux mois, une saloperie la vie quand on y songe. Et Max il est parti juste derrière.

— Parti ?

— Parti. Un matin, avec son sac à dos et l’échiquier. La petite a été récupérée par une tante ou quelqu’un de la famille. Et là, quinze ans plus tard, en plein Paris, le pharmacien la voit débarquer dans sa boutique. Il prétend qu’il l’a reconnue avant même qu’elle lui présente son ordonnance.

— Mais comment il la connaît, lui, son histoire ?

— C’est comme les maladies les histoires, ça se propage... Je vous sers quelque chose avant qu’on ferme ?

Sébastien n’a rien répondu, là non plus. Puis sort comme s’il suivait quelqu’un, rentre chez lui pas trop tard. Voudrait téléphoner à Louise, mais le fera demain. Se réchauffe une pizza, demain est le jour des lasagnes, Stanislas sera là, de retour de Caracas. Sur la table, son assiette et la cage où Pompon grignote une carotte. Ces deux-là en mangeant se regardent, tour à tour trop humains, puis lapins. Sébastien la nuit rêve de Jeanne, le jour oublie que ce sont Louise et Salil qui occupent sa mémoire. Sébastien est un homme qui ne comprend pas grand-chose aux sentiments des hommes, et presque rien aux lapins. Ce en quoi, là encore, Pompon et lui se ressemblent.

Dominique Veyrier

Publié dans Textes

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Edmée De Xhavée 09/07/2016 08:34

Ah..; On est accrochés tout de suite, et le style n'est pas banal...