L'interview de Kristof pour son "Wasserfall"

Publié le par christine brunet /aloys

L'interview de Kristof pour son "Wasserfall"

Premiers contacts avec Kristof (je ne vous révèlerai pas son véritable nom...) : enjoués, volontaires, amusants. Du coup, je n'ai eu plus qu'une envie : découvrir son univers pour vous le faire découvrir. Il s'est prêté au jeu avec enthousiasme et ses réponses m'ont livré quelques surprises de taille... A vous de juger !

Tu utilises un alias... de consonance russe ? russo-germanique ? je dis cela à cause du titre... D'ailleurs pourquoi ce titre, tiens ?

J’ai éprouvé le besoin de me dédoubler de faire exister matériellement cet autre moi-même, tenu jusqu’alors au secret, sans identité. Transformer mon prénom c’était une façon comme une autre de lui donner vie!

Enfin, j’ai voulu à travers ce prénom transformé ou reconstruit, c’est selon, faire coexister mes origines basques avec les sentiments que j’éprouve pour ma femme qui est Polonaise.

Le K est la première lettre de mon prénom en Basque. Le F final quant à lui, évoque la Pologne.

Pour clore le sujet, j’ajouterai simplement que ce prénom rendu quelque peu plus agressif est aussi plus fort, plus courageux que le prénom initial. C’est un prénom désormais renforcé et tranchant, qui s’arrache

du sol boueux auquel j’adhère en tant qu’homme ordinaire. Autrement dit, porter un masque donne des ailes!

Le titre, Wasserfall, un mot allemand qui veut dire cascade. Pourquoi employer un mot allemand? Je ne parle pas l’allemand. J’ai bien vécu deux ans avec une charmante et sympathique allemande dans ma jeunesse, ce n’est pas pour autant que j’ai pu assimiler la langue de Goethe!

J’ai choisi l’allemand pour stigmatiser la politique Européenne actuelle menée par l’état Allemand, cette politique de grand ordonnateur de nos destinées, de justicier implacable, de nouveau conquérant déguisé en démocrate et du chaos général. Plusieurs titres de mes textes sont en Allemand! Comme des pancartes signalant la prise de possession des lieux, comme la marque de l’occupant !

Enfin cascade parce que cela représente le jaillissement de l’inspiration, c’est une eau en perpétuelle évolution et c’est ainsi que je pense écrire…

Voili voilou très chère!

Proposes-tu aux lecteurs des poèmes ?

Pas exactement, c’est une écriture hybride, c’est de la proésie comme diraient certains. Mais c’est avant tout et cela doit être compris comme tel, un journal de bord, intime parfois, des fragments d’histoires authentiques, vécues. Mais surtout et mis en avant, des messages “modernes” des SOS, des plans de bataille, qui s’insèrent dans la tourmente de la nouvelle préhistoire que nous vivons. Je me sers donc principalement de la poésie comme d’un instrument de combat.

Une parenthèse si tu veux bien : Wasserfall est-il ton premier ouvrage ?

nan nan nan… c’est ma deuxième production. Le premier a été publié en 2010 chez l’Harmattan

sous le titre “ ésotérique” ( je blague) suivant : "la nuit et les spoutniks reviennent toujours".

Chloe Des Lys s’est manifestée trop tard! J’avais signé avec l’Harmattan deux mois plus tôt.

Le directeur de collection était Gérard Augustin, un grand poète et à l’origine mon prof de philo que j’avais en terminal au college du Montcel à Jouy en Josas, une école privée, un internat pour nuls et virés de tous les lycées! Une école de gosses de riches (je m’en exclue car mes parents n’étaient pas si riches que ça et se sont serrés la ceinture pour que je puisse arriver péniblement jusqu’au bac!), de privilégiés! Entre parenthèse, je suis fier que notre école de cancres, puisse se glorifier d’avoir en son sein un prix nobel de littérature!! Héhéhéhé… ce cher Modiano ( je l’adore)

Un bouquin de lui parle de nous “de si braves garçons!” C’est nous! Les braves garçons…. Quelle ironie!

J’y suis resté 5 ans. Quant à Monsieur Augustin il a eu la très mauvaise idée de mourir début 2012. R.I.P

Depuis quand travailles-tu sur Wasserfall ? Tu y parles de quoi, exactement ?

J’ai travaillé dessus durant deux ans! 2011 et 2012.

La nuit, tard, quand je n’étais pas trop crevé après le boulot, jusqu’à pas d’heure, jusqu’au bout de la nuit!

Pas toujours évident mais le besoin était là, omniprésent, l’envie aussi….

C’est une écriture en crise! Ponctuée ici et là d’expérimentations narratives, j’ai tenté des trucs, j’ai bricolé, bidouillé, rafistolé également, j’ai joué les artisans , les ouvriers, j’étais enfin manuel, capable de connecter mon cerveau à mes doigts et de sortir quelque chose qui tienne de temps en temps la route!

Mon crayon (j’écris avec des crayons, jaunes et noirs de préférence, mine un peu grasse et dure à la fois) devient mon outil, je construis, je déconstruis, je taille, je casse aussi…. Hihihi

Ça parle de tout, c’est une sorte de pacte, un pacte avec la vie… c’est aussi le cri discret d’un homme ordinaire, celui que je suis, c’est une cascade d’émotions, de sensations, d’impressions, de plaintes, de gémissements, de joies…..tu me diras , rien de nouveau sous le soleil et tu auras sans doute raison

Mais j’ai eu le sentiment que je pouvais exprimer quelque chose de nouveau , en partant à la racine des mots, et me concentrant sur les ruines de mon monde passé et présent, je me suis dit que je pouvais proposer un travail sorti de nul part qui n’avait rien de préexistant.

Très orgueilleux et prétentieux le bonhomme hein ?

Possible, mais je ne pense pas qu’il faille me voir sous ces aspects. J’ai voulu, je crois, me pardonner en écrivant, d’être humain, parce que j’en ai honte! J’ai honte de ce que je suis , des humains, de ce que nous sommes capables de faire de pire et de cet éternel retour qui nous rend incapable de progresser, d’aller plus haut! C’est de fait un travail de reconstruction, un retour aux sources.

Le surplace, toutes ces duplications s’insupportent ! Le consumérisme m’achève !

Les traditions sont mortes ou plutôt ont été assassinées…l’humanisme n’a plus sa place dans ce monde matérialiste, le monde est répressif, nous sommes tous enfermés, sous contrôle, sous surveillance fichés listés enregistrés…. C’est l’horreur absolue, ma douleur! Et toutes les douleurs autour de moi que j’absorbe comme une éponge…. Tous les jours dans les rues, je vois la misère pousser comme une mauvaise herbe!

Alors, j’écris, je grave des slogans, des mots résistants, je me bats avec mes petits mots… avec lesquels j’essaye de retrouver ma nature profonde, de me purifier.

Tu définirais ton style comment ?

Ténébreux, mélancolique, agité, énervé, intuitif, je n’écris pas dans le sens de ce qui plaît! Je m’en contre fiche, ce genre de truc glisse sur moi, mon langage doit être libre, rien ne doit interférer tu vois!

J’essaye cependant de proposer une bonne lisibilité, un développé lent et souple, avec ici et là des chocs et des explosions! (mon côté Basque!!)

Entrons dans le vif du sujet...

Voilà ce que je lis dans la présentation de ton bouquin : "C’est un journal poétique résolument engagé, un itinéraire de vie, des fragments de mon histoire. C’est une écriture résistante, où j’ai tenté de réintroduire l’insoumission au cœur même du discours, une méditation amère sur la condition humaine au 21ème siècle."

=> pourrais-tu me donner un très court aperçu 1/ du côté journal poétique 2/ de ton "écriture résistante" . D'ailleurs, j'aimerais bien que tu m'expliques ce que tu entends par là.

En lisant ces deux phrases, tu donnes l'impression de ne pas te sentir à ta place dans notre société. Vrai ou faux ? Tu m'expliques ?

Je pense avoir répondu plus haut mais je peux le formuler autrement si tu veux et de manière plus concise. Je suis très clairement animé par un idéal révolutionnaire mais asphyxié , tenu en laisse.

D’où tous les tourments qui m’habitent. Je reste passif et à l’écart donc de l’action de l’engagement physique! Mes mots sont mes seules armes! Je me bats avec mes petits moyens!

Je ne suis effectivement pas à ma place dans cette société. J’aime les vieilles idées , je n’aime pas les règles actuelles de ce jeu social qui n’est rien d’autre qu’une supercherie, une imposture!

Je suis hostile à toutes ces croyances imposées, aux contraintes inutiles. Enfin la mort est très présente

dans mon travail. Je suis d’une grande lucidité à ce propos. Il faut dire que mon carnet d’adresse est un cimetière depuis si longtemps! Je sais que tout peut basculer à tout moment. Sans prévenir. En partie à cause de ça! Je me trouve moi-même dans la marge!

*

Écriture résistante; texte en 4ème page de couverture

Place Syntagma (Athènes)

S’il a ce regard sans mélange
Ce visage insensible aux traits absents
S’il respire librement sur la Grand’ place
Avec son cœur d’homme
Il sera mon origine
Gravé dans le marbre des siècles plus jamais vides !
Il sera à l’endroit exact où l’on marche par millions
Chacun de nous sentant en lui
Ce qui ne se marchande pas
S’il s’est tué tremblant
C’était de courage et d’un geste sans concession
Quant à ses derniers mots ils furent une étreinte avec la vie
Un fragment de lutte animale
Offert à la foule traquée
Mais un jour de trop
La colère nous changera
Et notre vengeance sera immortelle !

7 avril 2012

*

Ce texte fait référence au suicide d’un retraité qui a eu lieu en mars 2012 place Syntagma. Il s’est tiré une balle dans la tête et a laissé une lettre traduite en plusieurs langues.. J’étais moi-même, cette année là, à Athènes en février.

*

A présent le côté poétique

Je suis le passager
Je roule sur une langue de lumières
Enveloppé dans la nuit mystérieuse
Devant moi, seul sur la route
Un horizon sommaire de traits blancs
M’invite à voir plus loin
Cette nuit je fais un festin de kilomètres
Et ma vie se limite à cette piste noire
Je suis le passager de la nuit
Venue me chercher après un verre au bar
Je n’ai pas de fille assise à droite
Elle n’avait pas l’esprit à ça !
Filer ainsi la nuit dans la désespérance des heures
Partir sans but précis
Je m’emporte donc seul ni vu ni connu
C’est ma façon à moi de voir l’univers
En commençant par la terre tout un symbole
Rouler vers l’abîme cueillir des frayeurs des fatigues
Aller jusqu’au bout de ce paradis noir malgré tout
Je traverse la surface des choses, des évènements
Vieillis par la vitesse d’une accélération
Je suis le passager qui se coupe de tout
En transit entre l’asphalte et les étoiles

2 août 2012

Comment voit-on ton univers littéraire, ta passion de l'écriture autour de toi ?

 

Dans mon entourage, un cercle restreint, soit une dizaine de personnes tout au plus, tout le monde sait que j'ai comme un grain de folie. Mon niveau de démence est pour l'heure encore supportable donc j'ai encore des amis !!! et amies !

Après l'effet de surprise créé par la sortie du premier livre !! je n'avais parlé à personne ( en dehors de ma femme) de ma passion pour l'écriture, mes proches ont affiché une certaine curiosité ce n'est pas à proprement parler un fan club  mais ils attendent de connaître mes nouvelles aventures !

J'ai un ami banquier qui depuis me traite de communard et moi en retour, je le traite d'infâme banquier ! forcément

mon meilleur ami qui a pris la peine de me lire s'est fait violence et a lu mon deuxième opus d'une seule traite ! 

Ma chérie, ma reine des neiges, quant à elle, supporte comme elle peut la situation. je crois que notre relation de couple en souffre mais modérément. Elle est artiste peintre et sait ce que veut dire le besoin de s'isoler, de ne pas être dérangé etc.... mais bon !  il y a quand même des frustrations... sans doute des deux côtés ! elle est vraiment très chouette avec moi ! pas de pressions, pas de chantage, elle me ménage un espace de liberté sachant qu'il ne porte que sur l'écriture. 

 

Et puis de récents amis ou relations amicales qui via facebook alors qu'ils ne savaient rien de rien, ont découvert là, à la sortie du deuxième livre, mon univers bien sombre, mon regard torturé ! cela a été une vraie surprise avec quelques retours gentils.

Par chance, certains d'entre eux me connaissent dans la vie réelle et savent que je passe mon temps à rire de tout et de rien. Mais il est vrai aussi que l'homme de la vie réelle, celui qui marche qui parle et qui communique n'a pas grand chose à voir avec l'autre qui écrit ! ils m'acceptent tel que je suis!!  et ils ont fait copain copain avec Kristof  héhéhé....ils sont cools dans le fond !

Tu as sans doute constaté que j'ai besoin des deux Christophe pour vivre! l'un apporte le matériel et l'autre l'exploite! 

Mon père a été surpris lors de la parution du deuxième livre.  Il n'a pas dit grand chose. il a juste dit qu'il trouvait mon " opuscule intéressant" ce qui est un énorme compliment dans la bouche de mon père!!

quand à ma petite maman elle ne parvient plus à lire vraiment. Elle sait.... donc tout va bien! ma fille me soutient ! 

 

Merci pour toutes ces précisions qui m'ont vraiment donné envie de découvrir ton univers !

 
Christine Brunet
 
www.christine-brunet.com
 

 

 

Publié dans interview

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Marie-Noëlle Fargier 29/04/2016 14:38

Original et en même temps beaucoup de sincérité. Le mot "cascade" est bien choisi. Des bulles de mots, d'impressions, de réflexions qui ne demandaient qu'à éclater.

Christina Previ(otto) 29/04/2016 13:32

Torturé, silencieux mais à la fois très expressif, avec de nombreuses facettes de la nature humaine à découvrir sans aucun doute... Beaucoup de force !

Laure Hadrien 29/04/2016 09:52

Quelle personnalité forte se dégage de cet interview, pour le choix du pseudo notamment !

Carine-Laure Desguin 29/04/2016 08:35

Des textes intéressants, j'aime. Et ce collège, oui oui, je le connais, j'ai lu De si braves garçons. My God, quelle éducation. Quand aux textes, ils me rappellent ceux de Victor Serge. Victor Serge, Kristoff, tu connais je suppose =D?

Edmée De Xhavée 29/04/2016 08:11

Oh la la! Une vraie cascade qui réunit plein de choses: le noir, l'or, l'heureux, le simple, le tortueux... On ne doit pas s'ennuyer sur ces flots-là :)