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Le blog Aloys

Si j'étais la vie, je serais... une nouvelle de Marie-Noëlle Fargier

20 Décembre 2015 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #Nouvelle

Si j'étais la vie, je serais... une nouvelle de Marie-Noëlle Fargier

Si j'étais la vie, je serais...

En écrivant ce texte, je pensais à ces hommes, ces femmes, ces enfants, dont la seule option pour vivre, est de quitter leur terre. Je pensais aux autres, hommes, femmes, enfants, bien enracinés dans leur terre riche ou moins riche et ayant le privilège de pouvoir y vivre...

Si j'étais la VIE, je serais une grande roue. Oui, une grande roue ! Comme celle qu'on voit dans les grandes villes du monde, qui tourne lentement sur elle-même, avant de vous faire approcher le ciel.

Chacun de nous ( bébé noir, bébé blanc, bébé bien portant, bébé moins bien portant, bébé...) se trouve expulsé sur une nacelle. Comment ? Pourquoi ? Qu'importe ! Chacun de nous, a de multiples réponses, mais pas LA réponse. Et puis, pourquoi cette nacelle et pas une autre ? C'est vrai, certaines sont belles, colorées, très douillettes, d'autres un peu moins, et d'autres carrément moches et inconfortables.

Dans ce dernier cas : celui qui se trouve dans la nacelle sans couleur, sans coussin, attend. Il attend que ses muscles soient assez forts pour sauter et qu'importe la nacelle sur laquelle il tombera. De toute façon ça ne peut pas être pire ! Alors il prend son élan...et saute ! Et pourtant c'est risqué : Imaginez, il doit faire un sacré saut et sans filet ! Mais là, ce n'est même plus une question de choix : il saute et il a une chance de vivre, ou il reste et il meurt à petit feu. Alors au diable les questions !!!

Puis, il y a celui qui a atterri dans la nacelle confortable, certes, mais aux couleurs ternes. Alors celui-là regarde d'un œil envieux, celle qui est plus colorée. Il hésite. Il se demande comment construire un pont entre la nacelle qu'il occupe, et celle qu'il convoite, au cas où il serait déçu et souhaiterait revenir. Oui, après tout, les couleurs sont ternes mais sa nacelle est tout de même confortable, et puis elle est assez stable, elle est protégée du vent et son tangage est acceptable. Que faire ? Pourtant ces couleurs l'attirent, des effluves de senteurs agréables lui parviennent quelquefois, et l'enivrent. Mais aura t-il le courage ? S'il tombait....Bon, vaut peut-être mieux rester où il est, et puis il lui reste les parfums pour rêver...

Enfin, il y a celui de la nacelle pleine de couleurs et tellement confortable. D'ailleurs elle est si confortable que celui-là s'y ennuie. Il ne perçoit même pas le balancement, la roue continue à tourner mais il ne s'en rend pas compte. Les couleurs commencent à l'obséder, il aurait envie de noir et blanc, ou carrément de couleurs extraordinaires, des couleurs qui rassembleraient toutes celles des autres nacelles. Comme le premier, il attend que ses muscles soient forts pour partir à la conquête des autres nacelles. Le moment venu, grâce aux multiples coussins dont sa nacelle est dotée, il parvient à créer une passerelle et lorsqu'il est trop désœuvré, il va jeter un œil sur les autres nacelles et se complimente du confort de la sienne....

Puis, la roue tourne...lentement...Soudain, elle arrive, en fin de tour : ALLEZ TOUT LE MONDE DESCEND !!! et chacun descend.

L'homme de la nacelle inconfortable regarde la roue, regarde le soleil, sourit. Celui de la nacelle aux couleurs ternes, regarde une dernière fois celle qu'il désirait et celle qu'il quitte... Celui de la nacelle confortable, remarque, pour la première fois, la couleur du ciel : couleur, qui n'habillait aucune des nacelles, une larme roule sur sa joue.

Marie-Noëlle Fargier

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Micheline 20/12/2015 20:13

Ce beau texte s'apparente, me semble-t-il, davantage au conte qu'à la nouvelle. J'apprécie beaucoup les images et j'ai l'impression que chacun peut s'y retrouver.

M-Noëlle FARGIER 20/12/2015 20:46

Merci Micheline. Difficile d'attribuer un genre à ces mots, la roue bouge encore :)

M-Noëlle FARGIER 20/12/2015 17:20

Je viens de passer ma journée dans une petite cabane en bois au marché de Noël, où je faisais une dédicace. J'y ai fait de belles rencontres, dont une particulièrement. Une dame est venue me parler de mon bouquin qu'elle avait lu. Elle m'a parlé d'un de mes personnages qu'elle m'a décrit. Sa description était en total en accord avec ce personnage, issu de mon imaginaire...et surtout avec le message qu'il délivre et qui l'a aidée. J'arrive chez moi, encore avec ses mots dans la tête, remplie de gratitude pour cette dame qui a eu la bienveillance de prendre du temps pour m'en parler. Ensuite, je lis vos messages et je me dis "c'est mon tour de dire merci", à vous, qui avez pris du temps pour écrire ces quelques mots qui traduisent que le message ou les messages que j'ai voulu transcrire, ont été entendus et c'est beaucoup ! Alors MERCI ! ce petit mot qu'on oublie trop souvent de dire et qui pourtant a une si grande portée.
Oui la vie est une grande roue, et sa propre vie l'est également, car les mécanismes sont les mêmes.

Marcelle Dumont 20/12/2015 12:15

Une nouvelle très bien troussée et qui donne fameusement à penser! Je pense aux migrants qui n'ont que la misère ou la guerre ou les deux en partage et qui risquent leur misérable vie dans l'espoir d'une vie décente. De quoi relativiser le mal-être des éternels insatisfaits que nous sommes tous plus ou moins.

Edmée De Xhavée 20/12/2015 09:04

Oui... nous avons souvent envie de changer de nacelle, ou bien nous y sommes forcés pour ne pas y mourir. Trop de confort endort. C'est une séduction mortifère. "Tu sais ce que tu as et pas ce que tu auras". Donc on s'ennuie,sans danger de mort physique mais l'âme s'éteint peu à peu. Une autre mort. Hop, heureusement parfois la roue tourne d'un coup sec et on chute,on doit s'adapter à une nouvelle nacelle...

Christian Eychloma 20/12/2015 08:53

Ben oui... La grande roue de la vie avec, à chaque tour, un autre occupant dans la nacelle. Et, comme dit la chanson, "la vie passe, quoi qu'on fasse"...

"To be or not to be" ?

Jean-Louis Gillessen 20/12/2015 02:50

Ah oui, j'oubliais : je partage ton texte sur ma page . Tu connais. Vingt dioux, mais t'es pas encore OK avec ta ponctuation ! Fallait bien un bémol, non ? Rires !

M-Noëlle FARGIER 20/12/2015 08:22

Ouf ! je viens de lire ton premier commentaire et je me disais 'c'est pas normal!". Pas de bémol dans cette partition, quelle altération ! et pour un musicien, comme toi.... RIRES. Je cherche désespérément un "ponctuomètre". C'est pas de ma faute, je suis "dérythmée"! :)

Jean-Louis Gillessen 20/12/2015 02:48

Ah, Marie-No ! Plaisir de relire ton texte, t'en avais déjà fait l'éloge ! Avec humour je t'avais écrit quelque chose comme : : t'as pas la tête qui tourne, à force de la mettre dans les nacelles de la grande roue de la vie ? Plus sérieusement, j'aime beaucoup cette idée, cette métaphore, et tu dis bien ce qu'il en est des différences de perception selon l'environnement dans lequel l'être naît, évolue, ainsi que celles des tempéraments qui peuvent pousser telle ou telle personne vers telle ou telle façon de voir, de saisir une opportunité, façon de réagir ou pas quand même absence de choix, et ... et ... mais tu l'as si bien écrit. J'aime. Merci et bravo pour cette belle réflexion, qui se conclut par une très jolie phrase. Comme un éclaircissement. Bises à toi. A bientôt.