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Le blog Aloys

Michel Orin nous propose un extrait de son roman "Aux quatre coins du cercle"

18 Novembre 2015 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #Textes

Michel Orin nous propose un extrait de son roman "Aux quatre coins du cercle"

J’ai senti mon cœur s’emballer alors j’ai fait un pas vers ce foyer ombragé. Ce mouvement suffit à réveiller le chien. Là dans son crâne, deux yeux rougis par le soleil se sont mis à rouler. Ses crocs scintillants ont rajouté des soleils dans ce jour qui n’en finissait plus. La lumière s’est intensifiée autour de sa tête pour n’être plus qu’une mâchoire incandescente qui dévorait mes yeux. La gueule bavait des boules de feux, certaines brûlaient le poil déjà trop cuit du cerbère empoisonnant ainsi l’atmosphère. La bête a bondi, est retombée près de moi et s’est écroulée. Du sang coulait de son crâne éteint.

Alice, une fois de plus, m’avait suivie.

Son revolver à la main, elle regardait le chien. Je lui ai arraché l’arme des mains. Son menton s’est planté dans sa poitrine ruisselante de chaleur.

Je l’ai conduite au bord de l’eau et là, je lui ai relevé la tête. Ce seul geste suffit à lui rendre le sourire. Ses dents trop blanches ont surgi du silence, comme une rangée de comètes de derrière le rideau
paisible que formaient ses lèvres. Le ciel s’est illuminé, affamé. J’ai voulu fermer les yeux, mais la chaleur avait contracté le moindre des muscles de mon visage. Je me suis accrochée au revolver comme à une bouée. J’ai tiré. Et c’est avec le tonnerre surgi de mes doigts, bruyant et sentant la poudre, que les premières fissures de ma vie sont apparues. J’ai compris en n’apercevant pas mon reflet dans l’eau qu’il n’y serait plus. À sa place le visage d’une autre flottait sur l’onde.
Visage anonyme qui, un peu comme ces photos sur les tombes n’appartient plus à personne. Alors j’ai encore tiré, tiré, tiré, tiré sur cette image qui me souriait sans pouvoir l’effacer. C’était comme quatre flashs dans la solitude d’un photomaton, à la sortie d’une gare qu’on ne connaît pas.

Michel Orin

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Edmée De Xhavée 18/11/2015 08:19

Ah là... on reste sur sa faim, et la mise en bouche est succulente... Bravo!