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Le blog Aloys

Didier Fond nous propose un résumé et un extrait de son nouveau roman, La ballade des dames à poussette

17 Décembre 2015 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #présentations

Didier Fond nous propose un résumé et un extrait de son nouveau roman, La ballade des dames à poussette

Biographie :

Né à Lyon en 1955, c’est très jeune que Didier Fond s’intéresse aux livres et à l’écriture. Cet intérêt pour la littérature va le pousser vers des études de lettres modernes qui déboucheront sur une carrière d’enseignant de Lettres. Pour prenant qu’il soit, ce métier ne l’empêchera pas d’écrire des romans, d’abord pour son plaisir, puis avec l’intention de les faire publier. C’est ainsi qu’il a déjà édité trois romans chez Chloé des Lys : Grand-père va mourir en 2009, L’Annonciade en 2012 et La Maison-Dieu en 2014. La Ballade des dames à poussette est le quatrième roman publié par Chloé des Lys. Habitant toujours Lyon, il partage son temps entre le lycée où il enseigne et des loisirs centrés essentiellement sur la lecture, l’écriture et la musique.

Résumé du livre :

« Les dames à poussette » ont de l’argent. Elles ne sont pas mariées à Crésus mais leurs époux gagnent extrêmement bien leur vie. Mais gros problème : elles s’ennuient. Comment bien gérer sa vie quand on ne travaille pas et qu’on a des loisirs à ne plus savoir qu’en faire ? Dieu merci, il y a des rencontres prometteuses, même si elles sont très douteuses. Et la vie, tout de suite, devient plus animée. Un peu trop même, à cause des voisins qui ont tendance à se mêler de ce qui ne les regarde pas. Alors, elles sont obligées de passer à la vitesse supérieure et de se débarrasser des gêneurs. C’est un peu embêtant au début, mais finalement, qu’est-ce qu’on s’amuse !...

« Condamnation ou apologie » ? se demandera-t-on. A cette question, l’auteur répond par une pirouette : « Comme il vous plaira ». Toutefois, c’est l’occasion de se plonger dans un roman en apparence délirant, mais qui traite, avec un humour trempé dans le vitriol, de certains faits de société qu’il est, pour certains, très mal vu de torpiller…

Extrait :

PREMIERE DAME

FRANCE

France G. adore son quartier. Vraiment. Elle l’adore. Elle s’y sent à l’aise. On est entre soi, dit-elle ; entre gens de bonne compagnie. Mais quand on lui demande de préciser ce qu’elle entend par « gens de bonne compagnie », elle reste un moment silencieuse, les yeux un peu écarquillés, à la recherche d’une explication qui convaincrait son interlocuteur de la justesse de son affirmation mais cette explication, visiblement, ne se présente pas à son esprit. Alors, en désespoir de cause, elle répond : « mais du même milieu, bien sûr », tout en ayant bien conscience que ce n’est pas vraiment ce qu’elle voulait dire. Et elle ajoute précipitamment : « par exemple, les voisins d’en face, le couple de vieux, ils sont un peu pénibles, mais on s’y fait, à la longue. » Pour France G., la notion de « milieu » se mesure, entre autres, à l’aune de la pénibilité.

Bien entendu, elle est mariée. Le mariage représente la consécration absolue de sa vie de femme. Elle a épousé Serge G. en parfaite connaissance de cause. Elle n’était pas amoureuse folle de lui ; il lui plaisait, sans plus. Mais il était adorable. Et il avait un brillant avenir dans son entreprise. Elle n’a pas été déçue. Et depuis qu’il a eu la promotion tant espérée, son salaire a fait un bond prodigieux, et leur niveau de vie aussi par la même occasion. France a pu réaliser son deuxième rêve après le mariage en blanc : l’achat d’un quatre-quatre. Cette acquisition lui semblait absolument nécessaire dans la mesure où, dans le quartier, tout le monde en avait un. « A part les vieux, bien sûr, chuchote-t-elle pour ne pas être entendue. Leurs revenus sont trop modestes. Elle, elle n’a jamais travaillé… » Et le ton de France laisse supposer qu’il s’agit là d’une grave erreur.

France non plus ne travaille pas. Mais elle a été responsable d’une agence de publicité jusqu’à la naissance de sa fille. Elle insiste toujours sur cette particularité : elle n’est devenue femme au foyer que parce qu’elle désirait pouvoir consacrer tout son temps à son enfant, lequel, par ailleurs, constitue la réalisation du troisième rêve de France G. : devenir mère.

Grâce à la promotion de Serge, ils ont pu faire installer une piscine dans leur jardin. Elle n’est pas très grande, reconnaît France qui ajoute aussitôt que c’est bien suffisant pour leurs soirées barbecue entre ami(e)s.

Marie-Claire N. est une de ces ami(e)s ; France l’invite souvent à passer l’après-midi avec elle, au bord de la piscine ; parfois, après s’être dépensées sur un court de tennis, elles font un petit plongeon dans l’eau froide. France n’est pas méchante, mais elle adore voir à quel point Marie-Claire est bleue d’envie. Le grand malheur de Marie-Claire, c’est de n’avoir pas assez de terrain pour faire creuser une piscine. Et quand elle a su que Sophie D. s’était fait construire une aile supplémentaire à sa villa pour y installer un jacuzzi et un sauna finlandais, elle a failli en mourir de déplaisir. Fort heureusement, Lydia W. a le même problème.

France aime bien Lydia. Elle trouve certes que c’est une parvenue, car elle en a les manières et le côté… comment dire ? Artificiel, voilà. Et un peu vulgaire. Mais c’est une femme charmante et très drôle, affirme France. Et intelligente, c’est sûr. La preuve, c’est qu’elle arrive à prendre suffisamment de distance avec cette catastrophe qu’est l’absence de piscine pour en rire de bon cœur. Et puis, Lydia est toujours vêtue à la dernière mode, comme France, alors que Sophie D. ne sait pas s’habiller et que Marie-Claire s’obstine à n’acheter que du « classique », genre tailleur Chanel. France reconnaît volontiers qu’il faut avoir deux ou trois Chanel dans sa garde-robe pour les sorties importantes ; mais de là à se vautrer dedans… Ce n’est pas encore de leur âge.

France promène sa poussette dans la rue et se dirige vers le jardin des Treilles, à quelques centaines de mètres de sa villa. Elle espère qu’il n’y aura pas trop de monde, elle n’aime pas entendre les piaillements incessants des enfants bruyants et pas toujours bien élevés des immeubles construits de l’autre côté du carrefour. Elle regarde la petite Louise qui sourit béatement dans sa poussette, et se demande un instant comment elle pourra se débrouiller lorsque sa fille sera plus grande. Elle peut toujours la laisser sur la pelouse, derrière la maison ; mais il y a la piscine. Et France n’a pas trop confiance dans les barrières de sécurité qu’ils ont fait poser autour du bassin.

Tout en marchant, elle se livre à un exercice appelé communément, et parfois faussement, la réflexion. Elle pense qu’elle n’a rien à faire de l’après-midi et que ça l’ennuie. D’habitude, elle est surbookée, pire encore que lorsqu’elle travaillait. Serge prétend en plaisantant qu’elle ne sait pas s’organiser. Il suffit de programmer les courses un autre jour que le shopping, le coiffeur et le bridge. Ses moqueries irritent France. On voit bien que ce n’est pas lui qui passe ses journées à la maison avec pour seule compagnie un bébé braillard ! Elle n’ose cependant rien dire parce que c’est elle qui a insisté pour qu’ils fassent un enfant. Serge n’était pas vraiment tenté par l’aventure. Mais ils étaient les seuls couples de leur petit cénacle à ne point en avoir ; de quoi avaient-ils l’air ? Un couple sans enfant, cela fait jaser. Un célibataire, au moins on peut l’étiqueter sans problème. Un ménage seul, c’est bizarre, et il vaut mieux éviter la bizarrerie dans ce monde-là. A moins d’être homo. Ils ont tous des amis gays, qui sont adorables. Et puis, c’est tellement bien de montrer qu’on ne craint pas les différences, les vraies, entendons-nous bien… Surtout celle-là, parce que finalement, avec les gays, se dit France, on ne risque rien.

Le jardin des Treilles se profile à l’horizon. Quelle chance ! Apparemment, il n’y a personne. A propos de gays, France se souvient tout à coup du conseil que Domi, son coiffeur, lui a donné alors qu’elle cherchait désespérément un cadeau pour Serge dont c’était bientôt l’anniversaire. Une excellente idée : offrir un saut en parachute à son mari, c’est à la fois original et très couru. Serge n’est pas un adepte des sports extrêmes mais il a adoré. Et on dira ce qu’on voudra, mais c’est quand même moins commun qu’un saut à l’élastique du haut d’un pont. Et nettement plus cher.

Mais France s’ennuie. Même en jouant au bridge, même en papotant avec les amies pendant les afternoon tea, même en recevant les collègues de Serge ou son directeur général. La femme de ce dernier est charmante. Serge prétend qu’elle se caricature elle-même. C’est méchant, et faux. France la trouve adorable, et pas plus caricaturale qu’elle qui ne l’est absolument pas. Elle est bien dans sa peau, bien dans son milieu. Serge a parfois de ces idées, vraiment !...

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Didier 17/12/2015 09:11

Merci à tous pour vos commentaires. M. Noelle, non, Serge G. ce n'est pas du tout voulu, je n'avais même pas fait attention ! J'espère Edmée que tu aimeras mes dames à poussette qui souvent m'insupportent mais que j'ai fini aussi par bien aimer...

Edmée De Xhavée 17/12/2015 07:53

Je craaaaaaaque et le commande :) Ca fait si longtemps que je dis que je vais acheter un autre livre de Didier, si je ne le fais pas tout de suite je vais à nouveau oublier. Je foooooooooooonce !

M-Noëlle FARGIER 17/12/2015 07:14

Agréable cette page de lecture, avant d'aller travailler ! Merci Aloys ! D'entrée, j'ai pensé à des gens célèbres France Gall et Serge Gainsbourg. Gainsbourg !!!! Mais au fil du texte, l'image n'était pas tout à fait pareille :) Plein d'humour salé sur une certaine classe sociale mais aussi, si on élargit notre regard, sur notre course aux biens matériels. Ceci, avec une écriture qui ne peut que donner le sourire ! Bravo Didier et une petite question pour Didier : voulu Serge G ? Merci de la réponse afin que je ne reste pas sur ma faim :)

Jean-Louis Gillessen 17/12/2015 02:09

Alors là, je râle, je viens de mettre un commentaire, et, ZIP, il a disparu alors que validé. Bon, je recommence : euh ... dur de retrouver les mots jetés en premier réflexe, vais essayer de m'retrouver, de mémoire, ce n'sera pas le top du premier essai, mais, faudra faire avec .
Et paf ! Bien décochées, tes flèches, Didier. Tellement vrai ! Ton extrait peu avare de complaisance vis-à-vis d'une certaine frange de quelques dames "des beaux quartiers" est jubilatoire sous ta plume observatrice. J'apprécie que tu mettes en italique certains verbes, adverbes ou articles, ce procédé permet d'entendre la voix de l'auteur, comme des indications sur le ton du son de ta voix. Cela me plaît d'autant plus que j'utilise ce moyen également, donc il me convient. Cela s'apparente à certaines didascalies dans le style des écrits de théâtre. J'aime ! Je pense que tu ne vas pas te faire beaucoup d'amies d'un certain milieu, pour reprendre l'expression que tu places dans la bouche d'une de tes dames, France. Car tu cibles et vises juste ! Malheureusement ce type de personnes existe bien réellement ! En compensation, heureusement que tant d'autres " mondes " font largement la balance positivement. Ce qui me rassure, c'est que je ne doive pas fréquenter ces dames quotidiennement, ni (ô cauchemar !) vivre avec elles ! A quand ... " La Coursade des Messieurs en jogging " ? (oui, je sais, le mot n’existe pas, mais, à cette heure de la nuit, 02H07, je m'permets un néologisme) Rires ! En tout cas merci et bravo pour ce moment de lecture jubilatoire. Et merci, Christine de nous l'avoir fait partager (clin d’œil ).