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Le blog Aloys

J.P VOLPI nous propose une nouvelle en 3 partie "MEGASELACHUS"

13 Juillet 2015 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #Nouvelle

MEGASELACHUS, troisième partie

(Nouvelle extraite de Contes épouvantables & Fables fantastiques)

Jake laissa un mot à l’intention de sa sœur, qui faisait une sieste dans sa chambre, sur la table basse du salon, coincé sous la télécommande du lecteur Blu-ray. Puis il sortit discrètement et partit rejoindre l’ex-sauveteur.

Sur le papier, il avait écrit qu’il sortait faire des courses pour la remercier de supporter sa présence si longtemps chez elle. (Même si c’était elle, en réalité, qui ne souhaitait pas le voir retourner dans l’Oregon de sitôt…)

Quand Jake arriva au Beach Café, Rick l’attendait adossé à son quatre-quatre de couleur noire, avec un phénix dessiné sur le capot.

– Merci d’être venu si vite, Jake. Tu n’as rien dit à ta sœur, hein ?

Jake secoua la tête de gauche à droite.

Ricardo lui demanda de monter dans le véhicule et là, le plus sérieusement du monde, il lui révéla qu’il avait la ferme intention de tuer le mégalodon lui-même. Jake ouvrit grand les yeux – il n’était pas sûr d’avoir bien entendu. Puis il fronça les sourcils et pria Ricardo de bien vouloir répéter la même chose mais très lentement.

– Tu m’as très bien compris, mon pote. Regarde plutôt derrière toi.

Jake tourna la tête et Ricardo souleva la couverture sur la banquette arrière. Elle dissimulait un objet qui fit blasphémer Jake bien malgré lui.

– Putain de Dieu ! se récria-t-il. Mais où diable tu t’es procuré cet engin, Rick ? C’est une bombe ! C’est une putain de bombe !

– Je ne peux rien te dire à ce sujet, Jake, mais je vais avoir besoin de toi. Seul, je n’aurai pas les couilles.

– Mais que dois-je comprendre, nom de… Dieu ? Une bombe, putain ! s’agita-t-il de nouveau. Y a une bombe dans ton quatre-quatre ! T’as des contacts dans l’armée ou quoi !?! T’as fait la guerre du Golfe ? Non, j’suis con, t’es trop jeune pour avoir fait la guerre du Golfe…

– Jake, respire et écoute-moi !

– O.K. ! O.K. ! Je respire. Qu’attends-tu de moi ? Je vais le regretter, je le sens.

– Tu devras actionner le détonateur, Jake, lâcha Ricardo. Voilà ce que j’attends de toi.

– Holà ! Une minute, mon pote… Tu n’es pas en train de me dire que tu devras être à proximité du monstre, quand même ?

– Si.

– Si ? Si !?! Es-tu devenu complètement dingue ?

– Aucune organisation n’a rien pu faire, Jake. Les garde-côtes, l’armée… Le mégalodon les a mis en déroute. Tous. On va le laisser faire encore longtemps ? On va le laisser bouffer encore combien de pauvres gens ? Un mano a mano est nécessaire.

– Un mano a mano ? Un mano a mano !!! Tu es dingue, répéta Jake. Et Gwen, tu y penses ? Ma sœur est folle de toi, tu es au courant ? Tu veux lui briser le cœur ? C’est ça que tu veux ?

– Je ne pense qu’à elle, justement ! Elle va avoir besoin de sa famille plus que jamais très bientôt… Elle aura besoin de son frère.

Jake s’abstint de répondre. Car les prochaines séances de chimiothérapie de Gwen l’inquiétaient au plus haut point. Il considéra Ricardo un long moment avant de pouvoir, à nouveau, desserrer les lèvres. Mais il lui fallut néanmoins deux ou trois tentatives avant de réussir à formuler une phrase correctement.

– Et tu voudrais que moi je t’aide à crever, donc… C’est bien ça ? Le « Godzilla » des requins va t’avaler, toi, tes baloches en adamantium et la bombe, et BOUM ! Putain, mais tu te prends pour quoi, Rick ? Un martyr ? Un super-héros ? Ma sœur ne nous le pardonnera jamais.

– Bien sûr que si… affirma Ricardo. Je lui ai écrit une lettre, tiens. Tu lui remettras quand le mégalodon aura cessé d’exister pour de bon. Parce que je ne vais pas échouer. Tu peux me faire confiance !

Jake haussa les épaules et secoua longuement la tête. Il était affligé.

– Très bien, murmura-t-il enfin. Très bien, vieux.

Le lendemain, Jake, tendu, et Ricardo se retrouvèrent sur la plage aux toutes premières lueurs du Soleil. Il n’y avait personne. Comme si tout le monde s’était résigné. La peur du mégalodon s’était gravée dans le cœur et l’âme des gens de manière indélébile. Et cela devait cesser. Une bonne fois pour toutes.

– Prêt pour un tour en jet ski, vieux ? s’enquit Ricardo, souriant à demi, décidé mais le cœur serré, évidemment. Cela ne faisait aucun doute.

– Hum, fit Jake, affichant un air grave. Tu ne m’as pas vraiment laissé le choix… « vieux ».

– Une fois au large, j’attirerai le mégalodon avec du sang frais. (Ricardo sortit un canif de la poche de son bermuda.) Crois-moi… ce fils de pute sera incapable de résister à mon invitation !

– Je vois… Tu vas faire couler ton sang dans l’eau pour titiller notre ami aux grandes dents. Fantastique… Vraiment fantastique.

– Précisément ! C’était un sarcasme ?

– Tu crois ?

Ricardo afficha un air passablement désapprobateur, puis il poursuivit sur sa lancée.

– Et quand il ouvrira sa putain de grande gueule…

Mais les mots supposés achever sa phrase s’étranglèrent dans sa gorge. En outre, une larme s’échappa du coin de son œil gauche. Il jugea parfaitement inutile de l’essuyer… Et puis, quelle importance, franchement ? Jake n’allait pas remettre en cause sa virilité à cause d’une larme de rien du tout, dérisoire.

Quand s’autoriser à dévoiler sa vulnérabilité, sinon dans un moment pareil ? Quand ?

– Et quand il ouvrira sa putain de grande gueule… reprit-il, mais s’arrêtant de nouveau. Merde, j’ai trop peur, avoua-t-il tout à coup. J’ai trop peur, vieux. Sérieusement. Je suis mort de trouille. Le sauveteur, ou l’ex-sauveteur, pour être précis, chie dans son froc…

Jake posa une main sûre sur l’épaule de son ami et lui dit tout bas qu’il savait, et que c’était normal, et que c’était humain. Lui aussi, il avait terriblement peur.

– Quand le mégalodon m’engloutira… tu sais ce que tu devras faire, hein ? (Il lui tendit le détonateur d’une main tremblante.) N’hésite pas, Jake. BOUM ! Pas d’états d’âme, surtout !

– Pas une seconde… Ne t’inquiète pas, promit Jake en prenant l’appareil, le déposant, avec précaution, sur le sable. Une dernière chose, vieux. Je dois te demander pardon.

Le jeune homme fronça lourdement les sourcils, pas sûr de bien comprendre ces excuses suspectes.

– Pardon ? Mais pardon pour quoi ? hésita-t-il.

– Pardon pour ça ! répondit Jake.

Et, d’un puissant crochet du droit bien balancé, il étendit Ricardo sur le sable par K.-O., murmurant, encore une fois, qu’il était désolé. Sincèrement désolé. Après quoi il prit le canif de son ami dans la poche de son bermuda, ramassa le détonateur, puis il souleva la selle de la motomarine. Il déglutit à la vue de la bombe qui était cachée dans le coffre. « Putain de bordel de merde… »

Jake expira, puis inspira… Il expira, puis inspira… Longtemps. Intensément. Il pensait à sa pauvre sœur. Il pensait à son nouvel ami Ricardo. Il savait qu’il faisait ce qu’il fallait. Avec le temps, Gwen lui pardonnerait. Dans son esprit, il était évident que sa sœur vaincrait le cancer. Elle lui pardonnerait. Car c’est ce qu’on fait, quand on est frère et sœur, quand on est une famille aimante. On s’aime et puis c’est tout.

C’est vraiment « tout ».

– À nous deux, saleté de monstre, marmonna-t-il enfin, déterminé comme jamais il ne l’avait été dans sa vie tout entière.

Il poussa le jet ski à l’eau, prit place, et mit l’engin en marche. Direction : la ligne d’horizon.

Direction : la mort.

Quand il estima être assez loin en plein cœur de l’océan Pacifique, quand Solana Beach lui apparut comme une très lointaine toile de fond à peine distinguable, Jake ralentit. Il immobilisa son jet pour pouvoir trancher les paumes de ses deux mains. Profondément. La douleur le fit grimacer mais il se pencha pour les plonger dans l’eau, et il fit des cercles, quelques minutes durant, tout en tremblant de tous ses membres, tout en cherchant du regard, tout autour de lui, l’aileron funèbre.

Un requin, il l’avait lu sur Internet – peut-être sur le site Web Wikipédia –, était capable de détecter le sang à plusieurs kilomètres à la ronde. Qu’en serait-il pour un animal de cette taille ?

Il remit le jet ski en marche et sillonna l’océan de long en large.

Le prédateur consentit à paraître droit devant, colossal, au bout de treize minutes.

– Allez, Jake… Sois courageux.

Il pensa à Jonas avalé par la baleine…

Poussant un cri de défi, il monta jusqu’à plus de quatre-vingt-dix km/h et fonça sans ciller. Il était terrifié – qui ne le serait pas, conscient de la venue d’une mort atroce ? –, mais il faisait ce qu’il pensait être juste. Par amour. Par amitié. Parce qu’il estimait aussi, en son for intérieur, qu’il n’avait jamais rien fait d’exceptionnel dans sa vie tout entière. Il haïssait son boulot, et il n’avait ni femme ni enfants, ni même un chien, car il était allergique aux poils. Aujourd’hui, il était en mesure de faire quelque chose de réellement exceptionnel, de changer tout cela… S’il réussissait à éliminer le mégalodon, il aurait non seulement sauvé la vie de Ricardo, mais aussi la vie de plusieurs centaines d’imprudents. (Qui ne le sauraient probablement jamais. Mais là n’était pas l’important.)

Cela représentait, en cet instant, une consolation certaine, qui lui réchauffait le cœur tandis que ses larmes coulaient.

– Protégez ma sœur, Seigneur, murmura-t-il. Par pitié…

Étalé sur le sable, l’ex-sauveteur reprit connaissance au moment où un hélicoptère, avec une journaliste et un cameraman à son bord, se dirigeait plus loin vers l’horizon. Il se redressa avec peine et porta une main au-dessus de ses yeux pour, peut-être, distinguer quelque chose. Son cœur battait fort. « Jake ! » hurla-t-il. « Mais merde ! »

Une énorme explosion fit se soulever un geyser de sang incroyable, qui recracha des tonnes de morceaux de viande dans l’océan. Jake avait foncé sur la bête et appuyé sur le détonateur. Ricardo baissa la tête et se mit à pleurer, se sentant affreusement coupable, et triste. Il aurait dû mourir lui, pas Jake.

Le mégalodon carnassier avait disparu. L’espèce était éteinte. Enfin.

Sept ans plus tard, Jake Jr et ses parents se rendirent à la plage pour y laisser, pour la première fois ensemble – il était grand, maintenant, et il voulait partager cela avec eux –, un bouquet de roses roses, belles et odorantes, à la mémoire d’oncle Jake. Dans sa façon de penser, oncle Jake était celui qui avait sauvé son papa des mâchoires d’un requin. Il savait qu’il avait fait bien davantage, mais, pour lui, ce n’était pas ce qui comptait le plus.

Gwen, guérie de son cancer après une longue rémission, et Rick appréciaient leur sérénité retrouvée. Ils étaient aussi très fiers. Et de Jake Jr, et de Jake. Un sentiment de fierté et de nostalgie avait remplacé ce sentiment étouffant de manque et de tristesse. Même si, certains jours, Gwen eût tout donné pour avoir son frère à ses côtés.

Dans l’eau, des enfants s’amusaient gaiement.

Gwen les regarda et sourit.

Cette nouvelle est très humblement dédiée à tous les fans de l’immense Steven Spielberg, Peter Benchley, l’auteur du best-seller Les Dents de la mer (Jaws), et Steve Alten, l’auteur du best-seller Mégalodon. J’espère que vous aurez pris autant de plaisir à lire cette histoire que moi à l’écrire…

Bien amicalement, J. P. VOLPI

Facebook page officielle auteur : https://www.facebook.com/j.p.volpi.officiel

J.P VOLPI nous propose une nouvelle en 3 partie "MEGASELACHUS"

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Commenter cet article

Micheline 14/07/2015 16:02

Une belle et troublante histoire qui se lit agréablement. J'ai beaucoup aimé. Bravo Joël !

J. P. Volpi 15/07/2015 10:29

Merci beaucoup, Micheline !

Rolande Quivron 14/07/2015 09:52

Une très belle histoire qui nous laisse pleins d'émotions.
Je viens de la terminer et j'en suis encore bouleversée.
Mille bravos ! On en redemande.

J. P. Volpi 14/07/2015 10:26

Mille mercis, Rolande, car ce n'est jamais facile d'insuffler un minimum d'émotion dans une histoire "horrifique".

Jean-Louis Gillessen 14/07/2015 01:01

Je vais faire court cette fois, Joël : oui, j'ai pris autant de plaisir que toi ! Bel hommage de fait à S.Spielberg et à P. Benchley ! J'aurais voulu une quatrième, une cinquième et encore bien d'autres parties ! Encore merci pour cette nouvelle, et bravo !

J. P. Volpi 14/07/2015 01:17

C'est vraiment très gentil...
Merci encore beaucoup, Jean-Louis.
(En tant qu'auteur, il me semble important, chaque fois que je le peux, de rendre hommage aux personnes qui m'ont un jour inspiré, de près ou de loin...)

À NOTER : le film Mégalodon, adapté du best-seller de Steve Alten, paru en 1997, devrait voir le jour au cinéma après bien des reports et annulations. Pour ma part, j'espère que cela aboutira, cette fois, car ce roman est phénoménal.