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Le blog Aloys

J.P VOLPI nous propose une nouvelle en 3 partie "MEGASELACHUS"

12 Juillet 2015 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #Nouvelle

MEGASELACHUS, deuxième partie

(Nouvelle extraite de Contes épouvantables & Fables fantastiques)

– Je crois que le beau gosse te draguait, sœurette… dit Jake, dans l’intention de taquiner Gwen, qui avait besoin de rire, jugea-t-il.

– Ne dis pas de bêtises, Jake, murmura-t-elle, ne pouvant s’empêcher de trouver cette idée irrésistiblement délicieuse…

– Mais si, je t’assure ! insista-t-il. Je suis sûr qu’il aurait été plus direct si je n’avais pas été là. J’aurais peut-être dû sortir quelques minutes, d’ailleurs… Je l’appellerais, moi, si j’étais toi. Il a l’air d’un mec super, ce Rick.

– Épouse-le, dans ce cas ! répondit-elle. Je jetterai du riz à votre sortie de l’église.

Il haussa les épaules et il leva les yeux au ciel, puis il continua d’asticoter sa sœur jusqu’à ce qu’il obtînt ce qu’il souhaitait.

– Oui, bon, on verra, abdiqua-t-elle. Il a un charme fou, je te l’accorde. Mais je suis malade, mon frère… L’aurais-tu oublié ?

Jake embrassa sa sœur sur le front et lui susurra : « Tu ne le resteras pas. Je te l’interdis formellement… »

Quelques jours plus tard, chez elle, lorsque Gwen alluma son téléviseur, les nouvelles la firent frissonner. Plusieurs personnes, en effet, auraient disparu au large de Fletcher Cove, et un aileron de requin aurait été aperçu. Ricardo, le sauveteur, était interviewé.

– Nous avons bien sûr interdit les baignades et recruté deux guetteurs de requins supplémentaires, et sans vouloir me montrer… trop alarmiste, il faut toutefois se rendre à l’évidence : notre belle ville est la victime d’attaques de requins. Tout un groupe.

– Plusieurs requins… considéra Gwen en éteignant la télévision. Non, Ricardo. Il n’y en avait qu’un seul. Je suis sûre de moi.

Elle se souvint alors de l’aileron gigantesque. Un tel monstre devait mesurer dans les dix mètres de long.

– Tu m’as parlé, Gwen ? cria Jake, qui avait pris la décision de rester quelques jours chez sa sœur et qui, là, était sous la douche.

– Je réfléchissais à voix haute ! répondit-elle. Ricardo passe à la télévision ! ajouta-t-elle. Plusieurs personnes auraient disparu.

Entendant cela, Jake sortit précipitamment de la douche, du shampooing encore plein les cheveux. Il noua une serviette autour de sa taille, puis alla rejoindre sa sœur dans le salon, foutant, ainsi, de l’eau partout sur le carrelage.

– Un requin ? demanda-t-il.

– Ricardo semble le croire, en tout cas… Mais il parle de requins au pluriel. « Tout un groupe ». Je vais lui téléphoner. Quant à toi, retourne sous la douche, tu veux ?

Enchanté que sa sœur se décidât à contacter le jeune homme, même si les conditions n’étaient guère appropriées pour le début d’une hypothétique aventure, Jake obtempéra. Le shampooing coulait dans ses yeux et ça commençait à piquer méchamment. « Aïe ! Putain ! » s’écria-t-il dans la salle de bains, puis : « Ça va ! Je n’ai rien ! » Il avait posé le pied sur la savonnette en retournant dans la cabine de douche. Gwen gloussa.

Elle fouilla ensuite dans son sac et retrouva le bout de papier où le sauveteur avait écrit son téléphone. Elle composa aussitôt le numéro.

– Ricardo Pearce, j’écoute.

Gwen et Ricardo se retrouvèrent une heure plus tard à la terrasse d’un café. La jeune femme lui parla de cette fameuse nuit précédant le matin où il l’avait retrouvée, inconsciente, sur la plage. Elle lui raconta tout, y compris ce qu’elle avait caché à son propre frère. Outre l’attaque du carcharodon carcharias – il utilisa le nom binominal du grand requin blanc pour impressionner Gwen –, Rick fut désolé d’apprendre pour son cancer, et sa tentative de suicide par noyade. Mais elle le pria de ne surtout pas la prendre en pitié, affirmant que cette expérience lui avait fait ouvrir les yeux. Après avoir survécu aux mâchoires d’un tel prédateur, il était hors de question de mourir à cause d’une tumeur. Elle se battrait. De toutes ses forces. Il esquissa un sourire timide avant d’enchaîner comme si de rien n’était. Ce qu’elle souhaitait, crut-il comprendre.

– Un requin « géant » ou plusieurs requins, comme je l’ai souligné, ce n’est plus mon affaire, désormais. J’ai été viré immédiatement après mes déclarations. Un simple coup de fil et : « Hasta la vista, baby ».

– Je suis désolée, dit Gwen. La mairie ?

– J’imagine. Bah ! Je trouverai bien autre chose, ne vous en faites pas. Tout ce que j’espère, c’est que les jeunes ne vont pas faire les cons avec cette histoire.

– Vous pensez qu’ils seraient capables…

– D’aller se baigner ? J’ai eu dix-sept ans, Gwen. Et vous aussi. On adore se faire peur, à cet âge-là.

– C’est la stricte vérité, hélas ! sembla-t-elle se confesser. Espérons qu’ils aient eu peur. Ils ne se doutent pas une seule seconde de ce qu’il y a, dans l’eau…

– Gwen, la coupa-t-il. Je me demandais…

– Quoi ? s’inquiéta-t-elle. Vous vous demandiez quoi ?

Le jeune homme ne répondit pas immédiatement, mais il laissa échapper un petit rire fort mal à propos. Et il rougit… La jeune femme le considéra alors, pour le moins perplexe. « Rick ? » murmura-t-elle.

– Si je vous invitais à dîner, ce soir – juste nous deux, je veux dire… –, quelles seraient mes chances de vous entendre dire : « Oui » ? Allez, je me lance. Est-ce que vous voudriez sortir avec moi, Gwen ?

Troublée, mais ravie tout au fond d’elle, elle baissa les yeux. L’ébauche d’un sourire se dessina sur son visage.

Le soir même, sur la plage, une bande de jeunes gens se retrouva. Insouciants, légèrement imbibés d’alcool et armés de planches de surf, ils s’étaient mis en tête de défier l’océan Pacifique et, ainsi, de crier un explicite : « Fuck you ! » au requin suspecté d’être à l’origine des récentes disparitions.

Ils étaient sept. Cinq garçons et deux filles. Tous entre dix-sept et dix-neuf ans. Ils allèrent aussi loin que Gwen avait été – plus, même –, se vantant d’être les rois du monde. Ils pensaient avoir la vie devant eux. Hélas, à cet âge-là, on se croit tout puissant, on croit tout savoir. On croit que lorsque les adultes nous donnent de précieux conseils, c’est pour nous faire chier, ou pour nous pourrir l’existence.

Durant un peu plus d’une heure, ils étaient les rois du monde…

L’attaque fut fulgurante, et les planches de surf fragiles volèrent dans le ciel nocturne de la Californie comme des osselets. Elles se brisèrent… Les jeunes gens retombèrent dans l’eau, profondément choqués. Et tous dispersés. L’une des deux jeunes filles était inconsciente. « Chrissie !!! » s’époumonèrent ses camarades, mais Chrissie disparut sous l’océan. À tout jamais.

– Regardez, là-bas ! Un aileron ! hurla Sam.

– Dépêchez-vous ! Il faut nous réunir et battre des pieds ! cria Philip. Ça devrait lui faire peur.

Les six jeunes survivants se regroupèrent aussitôt pour former un cercle parfait. Ils réalisèrent alors leur bêtise.

– Je ne veux pas mourir, sanglota Marge. Je ne veux pas mourir ! Pas comme ça !!!

– Et tu crois que nous oui, peut-être ? la sermonna Sean, le plus sanguin de la bande.

– Battons des pieds ! répéta Philip. Ça va lui faire peur et il s’en ira !

– Bonne idée, dit Eddie. Allez, tout le monde !

Et ils se mirent à battre des pieds de toutes leurs forces, mais les ondulations provoquèrent le monstre, qui ne tarda pas à tourner autour des six jeunes gens…

– Il ne partira pas, cet enfoiré… bredouilla Matt. C’est la fin. On va tous crever ! brailla-t-il.

– Mais ta gueule, l’asthmatique ! s’écria Sean. Putain de merde… Je ne devais même pas venir avec vous, moi…

– Chut ! fit Marge. L’aileron… Il a disparu. Il est parti… Le requin est parti ! s’exclama-t-elle, pleurant de joie. Il a foutu le camp ! Merci, mon Dieu ! Merci…

Sans crier gare, une gueule colossale et garnie de dents démesurées s’ouvrit pour se refermer aussitôt sur les imprudents dans un claquement prompt et brusque. Ils n’eurent ni le temps de crier ni le temps de comprendre ce qu’il se passait…

Le mégalodon les avala tels quels.

Trois semaines plus tard, on ne comptait plus le nombre de ses victimes. Le megaselachus megalodon avait multiplié les attaques, toutes plus spectaculaires les unes que les autres, et les médias s’étaient vite emparés de l’affaire. Le requin préhistorique était sur toutes les langues, sur toute la planète. Océanographes et paléontologues venaient de partout sur la Terre, aussi bien effrayés qu’excités. Le mégalodon, la plus épouvantable, la plus efficace des machines à tuer, n’avait pas disparu…

La taille de la bête, surnommée « le monstre de Solana Beach » sur tout Internet, était estimée à vingt-cinq mètres environ. Ses dents, dont l’une fut prélevée sur la carcasse de l’un des bateaux des garde-côtes, qui s’étaient, hélas, avérés impuissants, mesuraient entre vingt et trente bons centimètres de longueur.

Une question revenait sans cesse : comment avait-on fait pour ignorer, jusqu’à ce jour, l’existence d’un tel prédateur ? Certains scientifiques affirmèrent que le mégalodon évoluait, assurément, et principalement, dans l’océan Atlantique. Le mystère du Triangle des Bermudes et de ses disparitions était donc résolu – hourra !

Pendant que des innocents imprudents mouraient par paquets, que d’autres se sacrifiaient pour essayer d’éliminer le monstre par tous les moyens mis à leur disposition : hélicoptères, navires de guerre et autres sous-marins, tous réduits en charpie par la puissance incommensurable du monstre, tout et n’importe quoi était dit, publié, et, bien sûr, repris par les masses… Pour certains, on ne pouvait en imputer la faute qu’à la manipulation génétique, alors que d’autres accusaient la pollution. D’autres, immanquablement, évoquaient l’Apocalypse, et Satan !

Toujours Satan…

Les plus grands studios de cinéma se dépêchèrent de commander des films pour exploser le box-office dès l’été suivant. « Ce sera notre façon à nous de rendre hommage aux victimes du requin en insistant sur le courage formidable et l’abnégation des garde-côtes dans leur combat contre la bête ! » précisa un grand ponte. (Qui se fit copieusement conspuer par des personnes scandalisées par l’hypocrisie de cette déclaration incongrue sur Twitter.)

Une façon de rendre un vibrant hommage aux victimes du mégalodon ? Loin de là… Mais en se remplissant les poches, ça oui ! Et en 3D.

L’être humain, quoi qu’il en soit, était redescendu au niveau le plus bas dans la chaîne alimentaire. Se baigner au large, désormais, pouvait être synonyme de mort. Naviguer, désormais, pouvait être synonyme de mort. Comment savoir où et quand le fléau sanglant des océans frapperait ? Il pouvait être n’importe où, et la vie ne devait pas cesser pour autant… Car des gens vivaient de la pêche, et des villes vivaient du tourisme.

Le dernier exploit du mégalodon avait été l’attaque d’un paquebot au large de Santa Monica. Le monstre était remonté des profondeurs de l’océan Pacifique et, semblable à une torpille, avait percuté le bâtiment de plein fouet. Éventré, le bateau sombra dans les eaux en deux heures et quarante minutes très précises. Ceux qui avaient eu l’extrême malchance de ne pas mourir dans l’impact et qui avaient tenté leur chance à bord des canots de sauvetage furent avalés tout cru, ou boulottés dans une délirante débauche de cris et de tripailles…

Une semaine plus tard, visionnant, le cœur au bord des lèvres, des images d’amateurs ayant pu filmer le mégalodon lors de ses diverses prouesses sur un site d’hébergement de vidéos, Ricardo se dit qu’il était grand temps de faire quelque chose.

– Allô !

– Jake, c’est Ricardo.

– Eh ! Comment vas-tu, vieux ?

– Pas trop mal, merci. Jake, écoute…

– Gwen vient tout juste de s’endormir. Tu veux que je lui dise de te rappeler un peu plus tard à son réveil ?

– Jake, c’est à toi que je voulais parler. Je suis au Beach Café, là. Est-ce que tu pourrais venir ? Genre… tout de suite ?

– Euh… Si tu veux, Ricardo. Tout va bien, dis-moi ? Tu as l’air bizarre.

– Je t’expliquerai tout quand tu seras là, vieux, mais, je t’en prie, Gwen ne doit surtout rien savoir de notre rendez-vous…

– Tu m’inquiètes, Ricardo… C’est quoi l’embrouille ? Rick ? Rick ? Allô ?

Mais Ricardo avait déjà raccroché.

J.P VOLPI

J.P VOLPI nous propose une nouvelle en 3 partie "MEGASELACHUS"

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coniglio daniele 06/03/2016 20:04

pourquoi ne vient tu pas dédicace tes livres a la libraire st guignier dany

Jean-Louis Gillessen 13/07/2015 11:30

Oui, excellentes vacances à toi, Edmée ! Je pense à toi souvent et te lis souvent aussi ! Tu rayonnes ...

Edmée De Xhavée 13/07/2015 08:16

J'spère bien trouver le temps demain matin pour lire le troisième épisode car je pars en vacances... mais on ne peut s'arrêter ici! Parfaitement rendu... j'adore....

J. P. Volpi 13/07/2015 10:32

Merci infiniment, Edmée, et, d'avance, de bonnes vacances !

Jean-Louis Gillessen 13/07/2015 01:34

De plus en plus haletant. mêmes commentaires élogieux qu'hier. Maintenant on comprend le sens du titre. Je me pose quand même la question de savoir pourquoi les armées n'ont pas développé une telle bête en vrai ? Pour couler les bateaux ennemis par exemple ! Rires ...

J. P. Volpi 13/07/2015 02:31

Encore un Grand merci, Jean-Louis... Tu veux toujours aller nager pour sauver Gwen ? (Hé Hé...) Dieu merci, le mégalodon a disparu il y a 1,5 millions d'années... Enfin, en principe...