Noirs, un poème de Jacques Degeye extrait des Poèmes Inédits

Publié le par christine brunet /aloys

Noirs, un poème de Jacques Degeye extrait des Poèmes Inédits

NOIRS

*

*

Extrait des POÈMES INÉDITS, de Jacques DEGEYE (Chloé des Lys, 2015).

*

*

Noir cloaque de nos organes,

Lacis de nos entrailles,

Impénétrable tombeau,

Enchevêtrement de nos viscères,

Étrangers nous sommes

À l'intérieur de notre corps.

*

Sombres sont nos intentions,

Les jours de colère où nous projetons

De maléfiques actions.

Nous venger souvent nous importe,

De notre amour-propre blessé.

Faire du mal parfois sans raison.

*

Noir regard sur le couple

Qui dérange, trop heureux

À notre estime. Noirs blousons,

Matraques, couteaux et poignards

Au fond de leurs fourreaux,

Mais prêts à servir dans l'empoignade.

*

Convoitise de la femme ou de l'homme

Qui a allumé notre passion

Par la volupté de ses formes,

L'étincelle de ses yeux,

Son sourire aux lèvres entrouvertes.
Noir désir dans le secret de nos songes.

*

Dans la nuit noire de nos rêves

De drôles d'oiseaux apparaissent.

De noirs corbeaux aux ailes immenses

Menacent notre sommeil ;
Leurs becs démesurés

Déchirent les chairs et nous réveillent.

*

Sang noir qui coule de la cheville

De ma grand-mère, qu'une vipère

Se rebiffant, a mordue

Sous un andain par elle ramassé.

Son mari, ses filles se rongent les sangs,

Tandis qu'elle gémit sous le garrot.

*

Dragons, bêtes immondes

Peuplent nos films et bandes dessinées.
Dracula, vampires s'abreuvent

De sang, le nôtre et celui de nos enfants.
La peur au ventre saisit les victimes,

Incapables de résister à l'hypnose.

*

Bile noire des médecins anciens,

Rate gonflée d'humeurs noires,

Siège de la mélancolie.

Tristesse sans fond, accablement,

Mantille jetée sur nos vies, filet

Enveloppant le radeau dérivant sur l'océan.

Jacques Degeye

Publié dans Poésie

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

M-Noëlle FARGIER 08/06/2015 06:55

Voyage dans les ténèbres, dans notre chair, dans nos actes, dans notre être jusqu'à notre imaginaire, avec comme accompagnant final : la mélancolie... incurable, échouant sur ce "radeau-prison". Les mots, "leur enchevêtrement", le rythme sont tellement forts que l'image, le ressenti sont là, si visuelle, si palpable et là, je ne peux dire qu'une chose : c'est de la GRANDE poésie ! Et un recueil de plus à commander à CDL :)

Jean-Louis Gillessen 05/06/2015 14:08

Je suggère, sans ironie aucune, de réaliser le même poème avec le mot " blanc ", ce serait un exercice littéraire intéressant. Il suivrait dans le recueil de l'auteur celui-ci.
" Noirs " , puis " blancs ". Je m'y essaierais bien ...

Jean-François foulon 05/06/2015 08:45

Voilà un poème bien noir comme je les aime.