Mais qui a écrit ce texte ????

Publié le par christine brunet /aloys

Mais qui a écrit ce texte ????

Jules et Rose

— Oh Jules, ne marche pas si vite, je sais pas te suivre, et puis, je veux compter les coquelicots ! Je veux compter les coquelicots !

— Les coquelicots ? Je vois pas de coquelicots moi !

— Ben oui, tu marches bien trop vite…Attends-moi, Jules !

— Ecoute-moi bien Rose, je…

— Je t’entends pas, parle plus fort et regarde-moi quand tu parles, y’a rien à voir devant toi…

Tout en continuant de marcher, Jule se retourne. Avec sur le coin des lèvres un air de se moquer, il lâche :

— Et tu suis au pas de course un garçon qui ne voit pas l’horizon, pauvre petite Rose…

— Oh Jule, je suis fatiguée, mes jambes, mes jambes sont comme du coton, toutes molasses.

— T’as intérêt à te remuer ma vieille, continue-t-il sur le même ton ironique.

— Tu n’es pas si gentil que ça, tout bien réfléchi.

Jules, mimant des grimaces pour se moquer de Rose, trébuche sur une énorme pierre et s’étale de tout son long.

— Aïe, mon pied ! Zut et zut ! crie-t-il tout en se tordant de douleur et ne sachant comment plier sa jambe.

— Ouf ! tant mieux, te voilà ralenti !

— Rose, c’est tout ce que tu trouves à dire ! hurle le garçon d’une voix saccadée, le visage crispé.

Rose semble ne pas entendre et cueille des coquelicots sur le bord du chemin.

— Oh Jules, quelle chance que tu sois tombé justement ici, regarde tous les coquelicots sur ce talus !

Rouge de colère, Jules rampe comme il le peut jusqu’au talus, se déchausse et frotte son pied de toutes ses forces. Le jeune garçon fouille alors dans la poche de son jeans et en ressort un petit carnet brun.

— C’est quoi ce carnet, Jules ? interroge la fillette qui s’est assise et compte ses coquelicots.

— Compte tes herbes et t’occupe pas du reste !

— Y’a pas de reste, Jules. Il y a toi, moi, les coquelicots et…

— Et une fille sans cervelle !

— Tu veux que je mette des herbes dans ta chaussette ? Peut-être que tu aurais moins mal ton pied, et puis regarde tes orteils, ils gonflent ! Ils gonflent !

— C’est toi qui gonfles, petite sotte ! Et puis, tout cela est de ta faute !

— Ma faute ? demande Rose, tout admirant ses coquelicots.

— Oui, tu veux toujours des choses impossibles, tu veux ceci, tu veux cela et on est dans de beaux draps maintenant.

— Ne t’énerve pas, plus tu râles et plus ton pied gonfle, regarde ton pied, regarde. Et puis tu sais, moi ce que j’aime le plus au monde, ce sont les fleurs, je veux des fleurs, des ruisseaux de fleurs, des ciels de fleurs, des tissus de fleurs, des baisers de fleurs, des…

— Des baisers de fleurs ! Tu veux vraiment des baisers de fleurs ?

— Tiens, tu ne fais plus semblant d’avoir mal ?

— Tu veux vraiment des baisers de fleurs ?

Jules s’est assis tout près de Rose. Qui triture ses coquelicots, un à un. Elle coupe les tiges, les regarde, les renifle. Elle penche la tête en arrière, joue avec ses cheveux blond cendré et puis se redresse d’un seul coup, comme si elle avait oublié quelque chose quelque part, puis s’assoit de nouveau et dépose des pétales de coquelicots sur les fleurs de sa jupe.

— C’est joli, tu trouves pas que c’est joli, toutes ces pétales sur ces fleurs ? Oh Jules, que dessines-tu ?

— Tu veux vraiment des baisers de fleurs, des ruisseaux de fleurs ?

— Oui, oui ! s’esclame Rose, persuadée que ses désirs jailliront du petit carnet brun, ou d’une pierre, ou de derrière les talus, ou de plus loin là-bas, sur l’eau…

— Alors Rose, relève-toi, il nous faut marcher !

Le jeune garçon remet chaussettes et baskets et reprend la route, tout en clopinant. Rose prend un air boudeur rassemble ses coquelicots et obéit, bien malgré elle.

— Jules, on va où ?

— C’est de ta faute, on est bien obligés de fuir à présent !

— Mais Jules, c’est toi qui ouvrais les portes et brisais les fenêtres de toutes ces maisons !

Jules et Rose se donne la main. Le soleil s’éteint minute après minute. Sur la rivière, une péniche longue comme un jour sans fin dérange des familles de canards.

— Jules, on arrive bientôt ?

— Oui, encore deux ou trois familles de canards…

— Jules, tu crois qu’on pourrait être emprisonnés, pour tout ça ?

— Bien sûr, c’est pour ça que nous devons nous enfuir ! Casser des portes et des fenêtres, tout ça pour voler des fleurs dans des vases et découper des fleurs sur les robes et les jupes des voisins, ça mérite des années de prison, tu le sais bien, Rose…Voilà, monte ici, sur cette péniche.

— Jules, tu sais conduire une péniche ?

— Je pense que oui, c’est un peu comme surfer sur google, si on veut…

— Jules, pourquoi grimper sur cette péniche et pas celle-là, là-bas plus loin ?

— Parce que dans mon carnet, j’avais inscrit des repères, des envies, des rêves…

— Des ciels de fleurs ?

— Si tu veux, oui…

— Oh, c’est sympa ici, on dirait un petit nid…Oh regarde, la photo sur le mur, c’est la photo de cette péniche…On voit son nom, sur son dos…

— Oui, lis ce mot si tu en es capable, et tu verras des rivières de fleurs, des champs de mimosas, des nuages gonflés aux caramels, des ciels de coquelicots…

— A…mé…ri…ques…

Publié dans auteur mystère

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Pâques 11/03/2015 11:38

j'aime beaucoup !
Rolande Michel ?

Bob 09/03/2015 14:35

aucune idée, mais c'est frais comme un bouquet de coquelicots, ma fleur préfrérée.

mm.hulo@skynet.be 08/03/2015 15:04

super poétique et léger

Micheline 08/03/2015 10:48

L'écriture à la fois "nerveuse" et poétique me fait penser à Carine-Laure.

Carine-Laure Desguin 08/03/2015 07:59

Noëlle Fargier? Car il y a de la poésie dans ce texte. Ce n'est pas Bob, pas son style. Martine Dillies? Et puis i y a tous ces nouveaux auteurs...Edmée de Xhavée? Qui sait? Elle aurait envie de retourner aux States! Ben c'est comme Jean-Louis, j'énumère des noms mais je n'ai pas d'idée précise. Philippe Desterbecq! Oui,c'est lui! Philippe Desterbecq!

M-Noëlle FARGIER 09/03/2015 07:39

Pourquoi ? Je n'ai pas une tête à aller en Amérique ? :( Tant pis je reste dans mes vieilles montagnes :(

Jean-Louis Gillessen 08/03/2015 13:32

J'avais aussi pensé à Noëlle, Carine, mais la fin m'a fait hésité (Amériques).
Oui, Martine peut-être.

Jean-Louis Gillessen 08/03/2015 01:27

Bien en peine pour pouvoir trouver l'auteur de cette galopante historiette tout à la fois fluette et robuste, tendre et rude, pleine de fraîcheur et de poésie, vive et rapide dans l'écriture, issue d'un riche imaginaire. Sans omettre de souligner la qualité des dialogues et réparties .... Carine-Laure ? Bob ( pour pas le vexer ) ? Claude ? Louis ? Didier ? ... Oui, oui, je sais , facile de citer plusieurs noms !!!