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Le blog Aloys

L'auteur de cette nouvelle est... JOËL P. VOLPI !!!!

4 Février 2015 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #auteur mystère

L'auteur de cette nouvelle est... JOËL P. VOLPI !!!!

UNE HISTOIRE DE FÉLINS

« Tigre ! Tigre ! Dans les forêts de la nuit, quelle main ou quel œil immortel put façonner ta formidable symétrie ? », marmottai-je en regardant le félidé qui marchait vers moi très lentement, d’un pas lourd et pourtant gracieux. Le vert étincelant de ses iris, étrangement assorti au vert de l’herbe écrasée sous les coussinets de ses pattes, m’hypnotisait. Comme si j’étais le cobra. Comme s’il était le pungi.

Les Sundarbans étaient son royaume, et moi, imbécile impudent, je me retrouvai sur le territoire de Sa Majesté du Bengale, quelque part entre la terre et le fleuve, et dans une atmosphère de conte indien.

Les marques de ses griffes sur les palétuviers, je les avais pourtant vues… Je les avais vues, mais elles avaient exalté l’impétuosité de mon désir d’un face à face.

Mon grand-père était braconnier, puis mon père, puis mon frère aîné. Moi, j’avais toujours refusé de perpétuer la tradition des mâles de la famille Byron et j’étais devenu guide. Adulte et autonome, je me mis à faire des dons à la WWF. (Un peu pour leur donner la nausée, au départ…) Ils ne comprenaient pas mon respect des animaux. Mon respect des choses qui respirent. Mon grand frère, Richard, cessa de m’arranger le portrait lorsque, autour de mes dix-huit ans, j’atteignis la taille de six pieds et deux pouces, et que mon corps, après bien des efforts, sembla façonné par Rodin.

Richard fut tué par un tigre. Le cœur de sa fiancée, Anagha, se racornit, car même si elle désapprouvait ce qu’il faisait, elle l’aimait et espérait des enfants. Elle finit par retourner vivre chez ses parents, dans la ville de Bangalore.

Père, quant à lui, se lança à la chasse au mangeur d’hommes, mais c’est lui qui se fit dévorer, au final… Il ne restait plus que mon grand-père fruste. Et moi, j’entrepris de traquer le tigre dans la mangrove. Désir d’être jugé, de savoir si j’étais digne de vivre. Ou de mourir, comme Richard et notre père après lui.

Et la bête était là, enfin. Devant moi. Pour moi ! Magnifique… Elle renâclait. Avec ses épaules musclées et ses pattes puissantes, ce tigre-là ne pouvait être qu’un conquérant. Il n’était arrivé ni de côté ni par derrière, mais en face, sûr de sa supériorité qu’il affichait d’ailleurs ostensiblement. Idiot ! Dans mes frusques ramenées d’Angleterre, j’avais la prétention d’exister face à ce titan à la robe royale orangée striée de noir. La prétention de respirer le même air qu’il respirait.

Il rugit lorsque je m’inclinai, fit un pas et s’immobilisa. Il mesurait neuf pieds et dix pouces de longueur, et trois pieds et sept pouces de hauteur. Il s’approcha un peu plus. Si près que je sentis la tiédeur de son souffle. Je m’agenouillai.

L’expression du tigre se fit plus douce. Son regard clairvoyant s’emplit de compassion et il vint coller son front tout contre mon front. Ses vibrisses me chatouillèrent. Alors, ma chair se détacha et je fus réincarné en tigre. La volonté de la déesse Durgā, peut-être bien…

Rien ne se perd. Rien ne se crée. Tout se transforme.

« Tigre ! Tigre ! Dans les forêts de la nuit, quelle main, quel œil immortel osèrent façonner ta formidable symétrie ? », eussé-je pu murmurer – je feulai.

Nous nous enfonçâmes dans la forêt dense, puis nous nous séparâmes.

Joël P. Volpi

https://www.facebook.com/joel.volpi

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Micheline 06/02/2015 08:50

Quelle surprise ! Bravo Joël !

J. P. VOLPI 06/02/2015 12:36

Merci infiniment, Micheline !

Rolande Michel 05/02/2015 00:34

Bravo Joël ! Ce tigre me rappelait un poème de William Blake que j'avais dû étudier il y a bien longtemps. Mieux vaut ne pas dire combien d'années !!!! Bon vent à toi !

J. P. VOLPI 05/02/2015 02:44

Merci beaucoup, Rolande !

Carine-Laure Desguin 04/02/2015 20:04

Très difficile d'identifier l'auteur d'un texte. Bravo à Joël Volpi et surtout pour ses nombreuses participations aux différents fils littéraires organisés par CDL. Il y a les blogs, la revue et tout cela doit rester en mouvements. Merci à tous les auteurs qui visitent les sites, qui commentent et qui diffusent.

J. P. VOLPI 04/02/2015 20:20

Merci, Carine-Laure !
(Et bien parlé !)

M-Noëlle FARGIER 04/02/2015 19:43

Bravo ! Tellement habituée au corbeau que le tigre m'a piégée :)

J. P. VOLPI 04/02/2015 19:52

Je suis victime de ma propre image ! Moi qui ne suis que douceur... Hé ! Hé !

Merci encore...

J. P. VOLPI 04/02/2015 19:48

Merci, M-Noëlle !

Edmée De Xhavée 04/02/2015 19:44

Il y a de ça aussi :) Je n'imaginais pas Joël avec un tigre dans le moteur mais un corbeau sur l'épaule :) Bravo encore, Joël!

Edmée De Xhavée 04/02/2015 19:20

Bravo Joël, je ne t'ai pas reconnu du tout - et pourtant j'aime ton style quand il est "déclaré" :) .

J. P. VOLPI 04/02/2015 19:42

Merci, Edmée...
J'avais envie de réunir ma passion pour le tigre du Bengale - comme je ne puis avoir de tigre, soupirs... l'un de mes chats se nomme Bengali ! -, mon amour pour le célèbre poème de William Blake et un côté peut-être un peu plus mystique de ma personnalité.
Si, involontairement, j'ai pu surprendre, alors j'en suis heureux !