Un rêve étrange, 2e partie, une nouvelle de Philippe Wolfenberg

Publié le par christine brunet /aloys

Un rêve étrange, 2e partie, une nouvelle de Philippe Wolfenberg

Un rêve étrange

Deuxième partie

Vers minuit, alors que je viens à peine de me coucher, je crois entendre un claquement au niveau des volets. Je tends l’oreille. Un son identique au premier me convainc que je n’ai pas rêvé. Je me lève et, sans allumer le plafonnier, ouvre la fenêtre. Dans la clarté opalescente de la lune, je perçois distinctement Nina dans l’allée bordée de rosiers en fleurs. Dès qu’elle me voit, elle jette les cailloux qu’elle tenait dans son poing serré.

  • Viens, s’il te plaît !

Je m’habille rapidement et m’exécute.

  • Que se passe-t-il ?

Elle m’observe quelques secondes, d’un air malicieux, avant de me répondre.

  • Je n’ai pas envie de dormir… On pourrait aller se balader… Non ?

Et, sans même attendre mon approbation, elle prend ma main et m’entraîne à sa suite. Nous atteignons rapidement la plage déserte d’une petite crique. Elle enlève ses chaussures et entre dans l’eau jusqu’à en avoir sous les genoux. Je ne tarde pas à l’imiter et, serrés l’un contre l’autre, nous marchons jusqu’à un vieux ponton de bois qui, habituellement, sert de plongeoir aux baigneurs. Elle se rend compte que je la dévore des yeux. Délaissant son attitude de gamine délurée, elle se fait douce comme une caresse quand elle pose sa joue contre ma joue et sa bouche sur ma bouche.

  • Ti amo[1], Phil !
  • Je t’aime aussi, mon ange…

L’odeur de sa peau est plus enivrante que celle, miellée, des genêts environnants que le soleil brûlant de l’après-midi a exacerbée. Je goûte pleinement ces minutes d’éternité et me promets de m’en souvenir quoi qu’il arrive.

l

Une chanson de la fin des années cinquante, « Love in Portofino », passe à la radio. La voix de Johnny Dorelli est brutalement interrompue par la sonnerie du téléphone.

  • Phil ? Enzo est en face de chez moi… Il a sa tête des mauvais jours… Je crains le pire…
  • Ne sors surtout pas ! Je suis là dans dix minutes…

Je gare ma voiture dans l’allée qui jouxte la maison de Nina. Enzo m’a vu et se dirige vers moi, l’air furieux.

  • Que viens-tu faire ici ?
  • Simplement te demander de ne plus importuner Nina… Votre histoire est finie !
  • Qu’en sais-tu ?

Je n’ai pas le temps de répondre. Nina descend l’escalier de l’entrée et, sans doute rassurée par ma présence, se plante devant son ancien petit ami.

  • Basta[2] ! Arrête de me harceler, Enzo ! Tu n’as pas su saisir ta chance, en son temps… Tant pis pour toi ! Maintenant, je suis avec Phil… Capito[3] ?
  • Si tu ne veux plus être à moi, tu ne seras à personne d’autre !

La rage déforme les traits de mon rival malheureux. Il sort un couteau et essaie de saisir le bras de Nina. Je m’interpose avant qu’une violente douleur me traverse le corps. Je porte la main à mon ventre et, incrédule, regarde le sang couler entre mes doigts.

  • Phil ! Non !

Le cri désespéré de Nina m’accompagne jusqu’au plus profond des ténèbres qui ont remplacé l’éclatante lumière du jour.

l

J’ouvre lentement les paupières et regarde autour de moi. Je suis dans un lit, au milieu d’une chambre d’hôpital et des tuyaux relient mon corps à des machines. J’ai beaucoup de difficultés à mettre de l’ordre dans mes idées. Puis, la vision d’une lame étincelante. Je soulève le drap mais ne découvre ni pansement ni cicatrice.

Sans que je sache pourquoi, une mélodie résonne dans ma tête : « Erase/Rewind[4] » du groupe The Cardigans. Cette rengaine sans fin m’empêche de réfléchir jusqu’à ce que, tout à coup, le silence se fasse, révélant tout ce qui était caché : j’ai voulu me donner la mort. Je ne supportais plus le vide que rien ne peut combler, le manque d’envies, cette passion gâchée, il y a treize ans, avec celle que, depuis, je n’ai pas su remplacer.

Je me sens las, épuisé par les efforts fournis pour me souvenir et je sombre dans le sommeil.

l

J’ai enfin reçu la permission de sortir avec, en prime, les coordonnées d’un psychologue. J’en aurai, peut-être, effectivement besoin car, si je suis conscient d’avoir imaginé mon aventure italienne, je reste persuadé que Nina existe et qu’elle m’attend quelque part.

Je ferme la porte derrière moi. Un long couloir, une volée de marches, un autre couloir tout aussi long que le premier, puis j’arrive enfin à la réception. Distraitement, je jette un coup d’œil dans le parc, à travers la grande fenêtre par laquelle le soleil entre pour inonder le hall de ses rayons généreux, et sens les battements de mon cœur s’accélérer. A la moitié du chemin qui mène vers la grille ouvrant sur la rue, j’aperçois une jeune femme aux cheveux de jais. Je sors comme un fou, dévale l’escalier et l’interpelle : « Nina ? »

Nina, car je ne me suis pas trompé, se retourne. La tristesse qui flottait dans son regard s’estompe peu à peu pour faire place à l’étonnement. Un sourire magnifique illumine son visage lorsqu’elle se blottit dans mes bras. Après m’avoir contemplé longuement, elle m’embrasse avec la fougue des filles du Sud.

  • Amore mio[5] ! Ainsi, tu es réel…

Nous allons nous asseoir sur un banc. Il faut que nous discutions pour tenter de comprendre. Tandis qu’elle me parle, d’une voix douce de petite fille, je la regarde. Mon âme sœur d’autrefois était très belle ; Nina l’est tout autant. Et la vie le redevient.

  • Peux-tu expliquer ce qui s’est passé, Phil ?
  • Oui ! Mais sans aucune certitude d’être dans le vrai… Tant ça paraît incroyable…
  • Dis toujours…
  • Suite à l’accident de voiture dont tu as été victime et à ma tentative de suicide, il semblerait que nous soyons tombés, brièvement, dans le coma presque au même moment… Le fait que nous occupions deux chambres contigües a permis à nos esprits d’entrer en communication et de créer une romance conjointe…
  • C’est plausible… A défaut d’être rationnel…

Elle reste silencieuse, quelques secondes, avant de poursuivre.

  • Mais tu sais, je n’aurais pas supporté de vivre sans toi…
  • Ni moi sans toi…
  • Non lasciarmi mai più sola !
  • Je suis désolé mais on n’est plus dans notre rêve… Et je ne parle pas ta langue, mon ange…

Elle rit doucement.

  • Ce n’est pas grave, je te l’apprendrai. Je disais donc : « Ne me laisse plus jamais seule ! »
  • Je t’en fais la promesse…

Le taxi qu’elle avait appelé vient d’arriver. C’est ensemble que nous y montons…

Philippe Wolfenberg

Cette nouvelle a été écrite en hommage au livre “Nina” de “Frédéric Lenoir & Simonetta Greggio”

[1] Je t’aime !

[2] Ca suffit !

[3] Compris ?

[4] Effacer/Rembobiner.

[5] Mon amour !

Publié dans Nouvelle

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Commenter cet article

Rolande Quivron 21/12/2014 16:12

Une historiette à la Delly ou Max du Veuzit qui faisait notre bonheur il y a bien longtemps.
Depuis, la vie s'est chargée de nous ramener à une réalité plus rude ...
Pourquoi tous ces numéros ? avec quelques mots ? .... compris ? etc. Mon esprit à la dérive ne comprend pas très bien.
Merci de m'éclairer.

Philippe Wolfenberg 28/12/2014 20:39

Bonsoir... Ce sont des notes de bas de page... Les numéros coïncident avec ceux du texte et sont suivis de la traduction des phrases en italien...