Janna Rehault nous propose un autre extrait de son roman "La vie en jeux"

Publié le par christine brunet /aloys

Janna Rehault nous propose un autre extrait de son roman "La vie en jeux"

Chapitre : Clone

Je l’appelle Clone. Avant je l’appelais Théo, c’est son vrai prénom. Mais depuis son clonage, pour moi il est devenu Clone tout simplement.

Cela doit être complètement stupide ; combien de fois je me le répétais. Qu’est-ce qui a changé depuis son clonage ? C’est toujours Théo, mon frère, le même. Le même exactement ? Ou tout pareil... Là est le hic... Je l’observe discrètement, le surveille. Cherchant à vérifier s’il mange les mêmes plats qu’avant, s'il écoute la même musique, regarde les mêmes émissions, etc. Bien que je comprenne parfaitement à quel point c'est absurde. Est-ce bien ce qui définit un homme ? ...manger des frites avec de la moutarde ou du ketchup ? ...siffloter en prenant sa douche ? Mais je n’y peux rien. Je guette le moment où il fera une erreur. Je le regarde... Ses traits me sont toujours chers mais il me semble qu'un étranger s'en est emparé. Et cela me fait mal. Peut-être l'a-t-il remarqué, instinctivement ? Compris ? Nous savons tout l'un de l’autre, mais on fait semblant de ne pas savoir. C’est comme un jeu d’espionnage.

Je n’arrive pas à franchir cette barrière ; elle a poussé entre nous comme un champignon. C’est comme si nous étions chacun d'un côté du mur, marchant le long en échangeant des signaux. Il frappe de son côté et moi du mien: « Eh, je suis là ! » — « Moi aussi, je suis là ! » — « Mais moi je ne te vois pas... » — « Moi non plus je ne te vois pas ».

A chaque fois que je le regarde, je me surprends à rechercher ce qui le différencie de mon vrai frère… au lieu de chercher leurs ressemblances. Je n’arrive même pas à l’appeler par son prénom. Quand je lui parle j'évite de le prononcer ; et si tout de même je ne peux l’omettre, ma voix trébuche, comme sur une fausse note, et cela me répugne.

Et maman ? Tout a l'air si simple pour elle ; son fils n'est partit nulle part, Théo sera toujours là, même s’il se fait écraser par une voiture mille fois de suite. Son clone est là... ça la rassure... C’est comme la "garantie" d'une cafetière que l'on retourne au magasin où on vous la remplace. Parfois je me demande, et s’il n’existait pas de telles garanties ? Peut-être nous aimerait-elle autrement ?

Publié dans Textes

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M-Noëlle FARGIER 04/12/2014 19:34

Se connaître, se reconnaître ou faire semblant .......?
Envie de savoir la pensée du clone aussi....

Jean-Louis Gillessen 04/12/2014 16:58

Oui, une vision futuriste ... car ce type de scénario se produira dans les siècles à venir, voir les décennies. Je verrais bien un court-métrage à partir de l'extrait, un film à partir du roman ...

Edmée De Xhavée 04/12/2014 15:52

Un sujet super intéressant... pas encore tellement exploré je pense et en tout cas pas par moi, ni en lectrice ni en auteur... Interpellant!

Christian Eychloma 04/12/2014 14:18

Intéressant car nous n'avons pas encore tout vu... Des interrogations pas si saugrenues que ça, loin s'en faut ! :D

Carine-Laure Desguin 04/12/2014 13:58

Un extrait qui pique notre curiosité. Ces histoires de clone...