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Le blog Aloys

J. P. Volpi nous propose en deux parties la version longue de 666 et point final, une nouvelle extraite de "Contes épouvantables & fables fantastiques"

3 Octobre 2014 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #Nouvelle

J. P. Volpi nous propose en deux parties la version longue de 666 et point final, une nouvelle extraite de "Contes épouvantables & fables fantastiques"

Les courants religieux s’étaient effondrés les uns après les autres… Tous, et sans exclusion aucune.

Les églises, les mosquées, les synagogues, les temples bouddhistes… Tous, sous les bombes, les cocktails Molotov ou léchés par les lance-flammes, avaient été détruits par les dévots enragés eux-mêmes, qui utilisaient parfois des béliers très rudimentaires pour s’introduire dans les édifices sacrés.

Tous. Jubé après jubé… poutre après poutre… minaret après minaret… livre après livre… statue après statue…

Tous, oui.

– Il y a quelque chose de bizarre et de dérangeant, dans leurs yeux… rapportaient les médias. Quelque chose, n’ayons pas peur des mots, d’effrayant. Un peu comme si leur humanité leur avait été arrachée.

– À l’heure actuelle, nous ne sommes toujours sûrs de rien, disaient, quant à eux, les spécialistes, mais il nous est toutefois impossible d’infirmer l’hypothèse d’une quelconque contamination.

De l’Ancien au Nouveau Continent, des guerres civiles et fratricides éclataient dans chaque pays, dans chaque ville et dans chaque bourgade. Partout jusqu’au fin fond du trou du cul du monde.

Des hurlements de terreur occasionnés par des chasses à l’homme perverses, s’achevant toujours par une effusion de sang, ainsi que le son des rafales de balles remplaçaient le chant mélodieux des oiseaux dans les parcs municipaux, de même que la joie des enfants dans les jardins et les bacs à sable.

Les 747 et les paquebots de croisière jouaient aux autos tamponneuses, offrant, en plein ciel et sur les immensités bleues – plus si bleues que cela –, des explosions de métal, accompagnées de livres de chair, très impressionnantes.

Quoi qu’il en soit, une véritable aubaine pour les squales et autres animaux marins opportunistes.

Les fleuves et les rivières, pareillement, coulaient rouge, continuellement. Même le Manneken-Pis, à Bruxelles, urinait du sang !

La Tour Elizabeth, à Londres, portait, empalés au milieu de ses aiguilles fixes, les corps en décomposition très avancée de deux éphèbes.

La tour Eiffel, dans la capitale autrefois connue sous le nom de Ville Lumière, s’était parée d’intestins et de viscères, comme un arbre de Noël morbide et tout dégoulinant. Tout poisseux.

Les murs de la Maison Blanche, Washington, D.C., étaient couverts de fientes et de moisissures, et des corbeaux volaient en cercle tout autour, allant se nourrir des yeux vitreux des cadavres répandus çà et là, sous le regard sinistre d’épouvantails éventrés.

Nous en étions là.

Les hommes étaient devenus fous. Complètement fous. Complètement insensés. S’ils ne l’avaient pas toujours été, tout bien considéré…

Des mères exténuées, incapables de supporter davantage leurs cris perçants, balançaient leurs propres bébés par les fenêtres. Exactement comme le peuple, au Moyen Âge, qui jetait ses ordures, ses seaux de pisse et ses seaux de merde de la même façon.

Ou, le plus naturellement du monde, elles rangeaient leur progéniture dans le réfrigérateur, juste à côté des crèmes glacées, des pizzas et des bâtonnets de poisson surgelés.

L’une s’était rendue coupable du pire des crimes, de la plus atroce des infamies, en offrant sa petite fille, âgée de cinq ans à peine, à un pédophile condamné mais remis en liberté à cause d’un vice de forme. Un père, lui, tua son enfant en lui fracassant le crâne contre le carrelage, le faisant tournoyer en le maintenant par les chevilles, et tout ça pour un simple caprice…

Des malades mentaux. Quels autres mots pourraient les désigner ? Des monstres ? Oui, des monstres. Des dégénérés !

D’autres, pareillement dérangés, torturaient des animaux, filmaient « l’exploit », et publiaient les images sur les réseaux sociaux, se demandant, assurément, combien de « J’aime » ils allaient recueillir. Malheureusement, beaucoup trop.

Des vidéos à vous faire cracher le cœur par la bouche…

Nul, en vérité, ne pouvait dire le nombre d’abominations qui étaient commises en toute impunité. Car les moyens de communication ne suivaient plus, à la fin. Eux aussi étaient gangrenés…

« Quelque chose, dans leurs yeux… »

An 2034, vingt ans plus tard.

On racontait dans la presse clandestine que, peut-être, tout avait commencé aux États-Unis le 20 décembre 1951, avec la première centrale nucléaire : Experimental Breeder Reactor I, qu’insidieusement, tout s’était accéléré le 26 avril 1986 avec l’explosion de la centrale de Tchernobyl, et que le coup de grâce, en toute vraisemblance, avait été porté suite au nouveau drame survenu à Fukushima durant la première quinzaine du mois de mars en l’an 2011.

On racontait que les émanations toxiques, l’eau et les produits de la terre contaminés avaient, peu à peu, réveillé le cerveau reptilien des humains. En effet, la violence, de plus en plus, avait déferlé dans les foyers, dans les rues, comme un tsunami gargantuesque, submergeant policiers, gendarmes et militaires, eux-mêmes changés en Cimmériens aguerris.

Et les moins fous des fous, si l’on peut dire, se mirent à accuser le diable…

Il n’en fallut pas plus pour dresser de nouveaux bûchers. On se remit à brûler des « sorcières » ! De nouveaux jeux du cirque apparurent, où le petit peuple pouvait jeter en pâture lesdits grands du monde aux fauves féroces. Tous agonisèrent sous leurs griffes acérées et sous leurs crocs.

Progressivement, sous les acclamations hystériques et les bravos des foules déguenillées et puantes, les Républiques, les Royaumes, disparurent ainsi…

L’humanité avait entamé un retour irrémédiable vers l’obscurantisme…

Alors que tout n’était plus que chaos et désordre, Lucifer décida que le temps était venu pour lui de sortir de l’enfer. Comment les quelques milliers de survivants restés à la surface de la Terre pourraient lui barrer la route, cette fois ? Qu’étaient-ils, sinon des moutons ? Des moutons stupides. Des surmulots s’étant toujours pressés au son de la flûte.

En chuchotant, quelques décennies plus tôt, l’idée des réseaux informatiques à quelques-uns, il gagna sa première grande bataille avec l’avènement d’Internet, puis du Web.

De plus en plus, les gens s’isolaient chez eux et faisaient leurs emplettes uniquement via leur ordinateur. Oh ! C’était chouette, au début, car tout nouveau, tout beau, comme on dit, mais cet enfermement, sur le long terme, réveilla leur idée de l’insécurité, et la renforça… (Et la xénophobie de certains, inévitablement.) L’amitié, et même l’amour, ne se faisaient plus qu’à distance. De peur du SIDA, on échangeait désormais photos et vidéos sexy, voire pornographiques, en passant par des réseaux sociaux, par des messages dits privés.

Privés… La bonne blague !

Malin, Lucifer souffla aussi l’idée du partage de fichiers. Le téléchargement illégal était né… Une réussite ! Le marché de la vidéo s’effondra, puis l’industrie du disque, puis le cinéma ! Et même la presse.

Le chômage ne cessa de s’accroître et d’étendre sa toile. Les métiers, et même ces métiers artistiques censés ne pas être déboulonnables, disparaissaient les uns après les autres. Un peu comme les grandes surfaces en leur temps – et c’était chouette, ça aussi, au début –, qui avaient provoqué la lente éradication des commerces de proximité conviviaux… Ces petites boutiques de notre tendre enfance… Le sourire réjoui et le bonjour chaleureux de la boulangère, du papetier…

Tout avait déjà commencé. Depuis fort longtemps, en réalité.

Mais Lucifer fit quoi, en fin de compte ? Rien de plus que de titiller l’étincelle sombre dans le cœur de l’être humain. Et la violence, et l’insécurité, s’accrurent avec le chômage. (L’argent manquant de plus en plus cruellement…)

Se nourrir, dans ce monde, était devenu un luxe. SE SOIGNER, dans ce monde, était devenu un luxe…

Nous en étions là… « Marche ou crève ».

Quel régal, pour Lucifer ! Lui dont la plus grande astuce avait été de faire croire aux gens qu’il n’existait pas, alors qu’il était partout. Partout, partout, partout !

De sa prison souterraine, il empoisonnait l’esprit de la race humaine tout entière, isolant chacun dans ses problèmes, réels ou paranoïdes, et ses aversions, chaque jour un peu plus.

À suivre…

J.P. VOLPI

J. P. Volpi nous propose en deux parties la version longue de 666 et point final, une nouvelle extraite de "Contes épouvantables & fables fantastiques"

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Edmée De Xhavée 04/10/2014 20:13

Et dire que j'ai voulu attendre ce soir pour venir sur le blog... je vais dormir comment, moi, maintenant? Je n'ose espérer un happy end... :(

M-Noëlle FARGIER 04/10/2014 21:13

C'est vrai Edmée, ça risque d'être un "end" tout court mais sait-on jamais....enfin non pas jamais : demain :)

Rolande Quivron 04/10/2014 19:56

Et Satan conduit le bal .....!

Pour combien de temps ??? La réponse pour demain ?

M-Noëlle FARGIER 04/10/2014 12:29

"...réveillé le cerveau reptilien des humains.." en espérant que ces mots le laisseront bien dormir...:).J'attends la suite avec impatience.

Nicole De Bodt 04/10/2014 11:49

Quelle entrée en matière ... et dire que nous y sommes ! Serons-nous capables d'enrayer ce processus ? Je ne le pense pas, nous allons droit dans le mur.

Carine-Laure Desguin 04/10/2014 07:36

Comment le monde va-t-il se dépatouiller de tout ça? Rendez-vous demain!