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Le blog Aloys

A deux pour la vie, le feuilleton signé Carine-Laure Desguin

18 Juin 2014 , Rédigé par christine brunet /aloys Publié dans #Feuilleton

carinelauredesguin.over-blog.com

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A deux pour la vie

 

Episode 1 : Estelle reçoit une promotion

 

— Une bonne nouvelle pour toi, Estelle.

Le boss avait lâché ces mots avec de l’ironie dans la voix et Estelle s’attendait à un coup foireux, une fausse promotion, l’écriture d’un article à six mains ou une autre absurdité dont seul ce boss atterri de nulle part connaissait la recette. Depuis que ce macho dirigeait ce magazine –L’Il et l’Elle –, tout était chamboulé, le personnel avait perdu ses repères et les ventes chutaient de mois en mois.

Estelle décrocha les yeux de son pc et ne put s’empêcher de couler un regard vers la porte car le boss avait la désagréable manie d’entrer sans frapper. Elle voulait le lui rappeler, poliment.

— Bonjour monsieur, je vous écoute, dit-elle en rangeant quelques paperasses, après avoir chipoté le nœud de son foulard fushia, histoire de se donner une contenance.

Le boss, un type grand et maigre dont aucun trait ne reflétait une quelconque marque de sympathie, tout en lançant un regard circulaire dans la pièce qu’Estelle occupait depuis cinq années déjà, dit, sur un ton neutre :

— Comme tout le monde le sait maintenant depuis la dernière réunion, le président de notre société a donné le feu vert et libéré les fonds pour le lancement de ce nouveau magazine « Gothiques ados » et c’est toi qui pars à Paris.

— A Paris ! s’exclama Estelle qui s’arrêta net de fouiner dans ses dossiers, la bouche en accent circonflexe et le souffle quasi-coupé.

— Tu obtiens une rubrique que tu pourras gérer comme bon te semblera. Je t’accorde un an. Pour le premier numéro de ce magazine, je voudrais que tu files trois jours à Paris et que tu me pondes un article concernant le cimetière de Montmartre. Des lignes qui alimenteraient la curiosité de ces jeunes accrocs de lieux glauques tout en leur soufflant des miettes de culture générale, le principe même de notre ligne éditoriale.

Estelle venait de passer en quelques secondes d’un état de fébrilité intense à celui d’un glaçon dans le surgélateur. Elle avait humé l’air de Paris, ses beaux quartiers, ses nuits délirantes, et tout d’un coup, les gaz sulfureux des moribonds urbains lui chatouillaient les narines.

La sonnerie d’un gsm retentit et le boss s’éclipsa, en prenant au vol une feuille et un crayon. Une silhouette de fantôme, ce boss.

Estelle resta figée, recula son siège d’un geste brusque, secoua la tête et puis enfouit celle-ci entre ses mains. Ses beaux cheveux bruns et soyeux s’étalaient entre ses doigts comme un écran entre les désirs de la vie et les dures réalités du quotidien. Elle avait prévu une sortie sympa avec ses copines, Sophie et Marielle, et l’idée de se rendre à Paris, qui plus est, au beau milieu d’un cimetière, la rendit furieuse. Pourquoi bon Dieu venait-on systématiquement contrecarrer ses projets ? Bien sûr, la responsabilité d’un nouveau magazine restait une belle opportunité pour une carriériste comme elle mais…

A ce moment-là, Claudine, la secrétaire de Simon S.A. frappa et entra avec, entre les mains, une épaisse enveloppe grise.

— Voilà ma belle, tu prends le train dès ce soir pour Paris et tu nous reviens vendredi matin, avec dans la mémoire de ton joli pc, des photos inédites et un article décliné une dizaine de fois, pour les dix humeurs journalières du boss ! Dans l’enveloppe, les billets et l’adresse de ton hôtel ! N’oublie pas les justificatifs pour tes frais, comme d’hab ! Et crois-moi, avec ton dynamisme de jeune citadine et ta curiosité artistique, les ventes de ce nouveau magazine pour ados vampiriques flamberont !

Claudine s’était assise d’une façon décontractée sur un coin du bureau, la minijupe lie-de-vin de son tailleur s’ouvrait légèrement et laissait entrevoir un porte-jarretelles noir et rouge très affriolant. La secrétaire sexy compatissait et tentait de trouver les mots justes pour consoler sa jeune collègue, qu’elle pensait si inexpérimentée au sujet des choses de la vie. Elle se disait que quelques jours à Paris, en ce début de printemps, ça ne pouvait qu’émoustiller les humeurs d’une jeune femme et sublimer sa féminité. Et les dandys de la capitale feraient le reste. Estelle affichait un air désespéré et derrière son regard absent, on devinait que toutes sortes d’idées moroses traçaient leur chemin.

— Allons, allons, ma belle, ce n’est pas la fin du monde et puis c’est Paris, quand même ! Trois jours à Paris ! Tu penses bien qu’il te restera du temps pour te balader dans les Grands Magasins, tu ne passeras pas tes trois jours à arpenter les allées de ton cimetière, fussent-elles tellement verdoyantes en ce mois d’avril !

— Je n’y connais rien moi, au cimetière de Montmartre ! Je vais encore glander des heures sur Google tu veux dire, à la recherche d’informations débiles et…

— Oh, positive un peu, ma belle ! Je ne te reconnais pas ! Tu peux t’installer à la terrasse d’un bistro et tapoter sur ton pc ! On ne t’envoie pas dans un couvent ! lance-t-elle tout en se contorsionnant pour feuilleter le calendrier fixé sur le bureau de la journaliste, entre le dernier bouquin de Kate Milie, Noire Jonction, et une pile de cahiers étiquetés projet numéro un, projet numéro deux…

Estelle s’esclaffa et se détendit. Claudine avait l’art de résoudre les conflits intérieurs et d’envelopper les choses d’un optimisme déroutant. Et ça marchait !

— Allez, hop, tu peux filer pour préparer ton sac ! Pendant trois jours, laisse Lille ici, et pars respirer les effluves de ce printemps ! A Paris ! Tu rencontreras peut-être ton prince ! Qui sait ! N’oublie pas ton mascara et tes strings !

— Non mais, tu rêves ! Je suis bien comme je suis ! Je veux rester célibataire !

— Non, non, non, allez, allez, ne recommence pas tes sottises, tu as subi quelques déconvenues et à ton âge, c’est normal ! Attendons la suite ! Et la suite, c’est ce soir ! Et puis au fait, qui te parle de bague au doigt et de longue robe blanche ? Tu vois, tu es bien plus romantique et fleur bleue que tu nous laisses croire ! Tu es une femme, ma belle, une femme !

Paris, gare du Nord, vingt-trois heures. Estelle, sortit de la gare et héla un taxi. Elle traînait derrière elle son gros sac rouge foncé, celui dont les roulettes hurlaient à la mort tous les cinquante centimètres et dont la bandoulière risquait de craquer à un moment ou à un autre.

— Vous ne savez pas faire la file comme tout le monde ? revendiqua un jeune loup aux yeux fatigués, des dossiers épais sous le bras gauche et un trolley au bout de la main droite.

Estelle ne répondit pas et fit mine de traverser la rue.

— Et puis après tout, montez avec moi, vous n’allez pas lacérer la capitale toute seule et à cette heure, jeune provinciale!

— Lacérer ? Provinciale ? s’offusqua Estelle qui n’avait pas sa langue en poche pour répondre du tac au tac.

— Montons dans ce taxi !

Estelle comprit qu’elle n’aurait pas de réponse et obtempéra, bien contente au fond de ne devoir attendre plus longtemps. Après une journée remplie de rebondissements et de précipitations, ce voyage en train et toutes ces images dans la tête, elle se sentait très lasse. Un autre jour, elle se serait éclipsée, par esprit de contrariété et par plaisir de narguer, mais ce soir…

— Hôtel Mercure, à Montmartre, lança l’inconnu au taximan. Et vous ? demanda-t-il sans même daigner tourner la tête pour interpeller la jeune femme.

Fin épisode 1

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Commenter cet article

gazou 27/06/2014 20:45

ça commence fort bien...j'essaie d'imaginer la suite

Sophie Vuillemin 19/06/2014 22:27

Le début me plait beaucoup.
Vivement la suite !

Philippe D 19/06/2014 21:04

Je lirai le feuilleton de Carine-Laure quand il sera terminé. J'imprimerai le tout.
Bonne fin de semaine.

Christian 19/06/2014 16:12

Ca promet ! Et c'est bien écrit.

Carine-Laure Desguin 19/06/2014 15:23

Merci les amis, heureuse que vs mordiez à ce texte.

@Bob: Impossible de répondre à ta question. Je n'ai aucune objectivité par rapport à moi-même. ce sera donc une surprise. Pour toi comme pour moi.

Jean-Louis Gillessen 19/06/2014 14:36

Ah, le moment tant attendu est arrivé : j'étais impatient de découvrir ton feuilleton. Et je suis agréablement surpris : ta plume alerte te ressemble, tes phrases et tes mots dansent dans le juste tempo, et le ton de la romance estivale est lancé. C'est frais, comique, bien scénarisé, vivement demain la suite ...

Rolande Quivron 19/06/2014 12:48

Miam, cela inaugure bien de la suite attendue avec curiosité.

Un tour dans un cimetière et surtout celui de Montmartre quelle aubaine pour une jeune provinciale
fraîchement débarquée. D'autant plus qu'un "aimable" chevalier servant semble se profiler à l'horizon de la nuit de tous les dangers.

Ou alors !!! Soyons positifs.

Didier 19/06/2014 11:51

Ca sent le grand méchant loup...

Bob 19/06/2014 10:23

tu vas décrocher la timbale !

Bob 19/06/2014 10:23

Voilà, j'ignore comment va se développer l'histoire, mais tu as trouvé ton style et ton rythme... si ton polar à venir est écrit comme ça, avec un bon scénar, tu va

De Bodt Nicole 19/06/2014 09:48

Je ne sais pas mais une petite romance se met en place ... Je suis curieuse de savoir si notre petite provençale va trouver la joie de vivre !! Quant à la secrétaire, quelle bonne fée ! Vite la suite et merci.

Edmée De Xhavée 19/06/2014 09:20

Je suis déjà accro! Oh Carine que je me réjouis d'être demain et de savoir si ce jeune loup est un loup garou ou un petit loup câlin, et si elle trouvera le temps de lire Noire jonction ... :) Bravo!

Christine Brunet 19/06/2014 08:17

hummmmmmm hummmmmm, à suivre......

Carine-Laure Desguin 19/06/2014 07:34

Une p'tite romance douce et légère! Bientôt l'été..